Insomnie : Et si le problème ne venait pas du sommeil ?

Il est 3h17 du matin. Vous fixez le plafond depuis deux heures, la même pensée tourne en boucle, et pourtant, demain, il faudra être au meilleur de vous-même ! Vous connaissez ce moment, peut-être même trop bien…

Ce que vous vivez n’a rien d’une faiblesse, ni d’une fatalité. Longtemps banalisée, l’insomnie est pourtant un trouble sérieux, aux répercussions profondes. C’est l’une des épidémies silencieuses les plus répandues de notre époque, même si la science permet aujourd’hui de mieux en comprendre les mécanismes et d’ouvrir enfin des pistes concrètes pour en sortir. Catherine Paquet, psychothérapeute cognitivo-comportementale et auteure du livre En finir avec le cauchemar des insomnies, sait de quoi elle parle. Elle aussi a traversé ces longues années sans sommeil, et nous explique comment retrouver, pas à pas, des nuits plus apaisées.

Le sommeil s'effondre, et personne n'en parle vraiment

Les chiffres donnent le vertige ! Selon le Baromètre de Santé publique France 2024, un adulte sur trois souffre d'insomnie, soit des difficultés à s'endormir ou des réveils nocturnes répétés au moins trois fois par semaine ! À l'échelle européenne, ce sont 42 % des adultes qui déclarent mal dormir. Une véritable crise collective, installée dans le quotidien de millions de personnes, et pourtant encore largement banalisée.

Les femmes sont davantage touchées. Mais aucune catégorie n'est épargnée : cadres surmenées, mères épuisées, jeunes actives hyperconnectées, l'insomnie frappe sans discrimination. Et ses conséquences vont bien au-delà d’une simple fatigue passagère. Un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité ébranle en profondeur l’équilibre physique et mental : affaiblissement immunitaire, perturbation métabolique, irritabilité, perte de concentration, démotivation. « Il y a énormément de gens qui souffrent d’insomnies. On ne se rend pas compte à quel point le sommeil est devenu un problème dans notre société actuelle. » précise Catherine Paquet

L'insomnie chronique : quand la nuit devient un champ de bataille

Tout commence souvent par une période de stress. Vous dormez mal quelques nuits. Et progressivement, sans que vous vous en rendiez compte, le lit devient un déclencheur d'anxiété. Vous vous couchez avec une question qui ronge : Est-ce que je vais réussir à dormir ? Cette question, à elle seule, suffit à vous tenir éveillée des heures. C'est ce que les spécialistes appellent l'hyper-éveil, un état d'alerte permanente du système nerveux, entretenu par des pensées obsessionnelles. « Tous les experts s'accordent pour dire que l’un des obstacles au sommeil les plus importants sont les pensées envahissantes », souligne Catherine Paquet.

Le piège des somnifères : une béquille qui fragilise

Face à l'épuisement, le réflexe est souvent de se tourner vers les médicaments. Si dans certaines situations particulières le recours à ces derniers est considéré à juste titre par le médecin comme nécessaire, dans la majorité des cas c’est une erreur qui peut être coûteuse sur le long terme. Les somnifères altèrent la qualité des cycles de sommeil, créent une dépendance et n'agissent jamais sur les causes profondes du trouble. Catherine Paquet en sait quelque chose : elle-même a traversé des années d'insomnies sévères, un parcours long et chaotique, avant de vivre un sevrage difficile. C'est cette expérience intime, autant que sa formation clinique, qui fonde aujourd'hui la profondeur de son approche.

La TCCI : la thérapie que votre médecin devrait vous prescrire en premier

La Thérapie Cognitivo-Comportementale pour l'Insomnie, la TCC-I, est aujourd'hui le traitement de référence recommandé en première intention par la Haute Autorité de Santé, avant toute prescription de somnifères. Efficace dans 70 à 80 % des cas d'insomnie chronique, elle produit des résultats durables que les médicaments ne peuvent pas offrir : là où les somnifères masquent les symptômes et créent une dépendance, la TCC-I modifie en profondeur les schémas cognitifs et comportementaux qui alimentent l'insomnie.

Comprendre sa biologie pour reprendre le contrôle

Avant de changer quoi que ce soit, il faut comprendre comment fonctionne votre sommeil. Deux processus régulent vos nuits. Le premier, c'est le rythme circadien, votre horloge biologique interne, synchronisée par la lumière du jour, qui autorise la sécrétion de mélatonine une fois l’obscurité venue. Le second, c'est la pression de sommeil : une molécule appelée adénosine s'accumule depuis le réveil pour créer l'envie de dormir. Il faut également que ces deux processus indépendants s’alignent parfaitement : « C'est une porte avec une double serrure. Il faut que les deux clés tournent en même temps », explique Catherine Paquet. Quand l'une déraille, écrans trop tardifs, grasse matinée pour « récupérer », l'endormissement devient une lutte. Pourtant, même quand ces deux mécanismes sont bien réglés, un troisième facteur peut venir tout bloquer : l’hyper-éveil mental.

Désarmer les pensées qui sabotent vos nuits

C'est là que tout se joue, et Catherine Paquet, dans son livre, propose plusieurs techniques pour y remédier. La restructuration cognitive, notamment, permet de transformer les pensées limitantes (« Je ne vais pas dormir, demain sera une catastrophe ») en pensées calibrées à la réalité. « On ne va pas nier nos difficultés. On va leur donner leur juste place et les affronter dans les moments adéquats », précise la thérapeute. Des exercices concrets guident ce travail : noter la pensée obsessionnelle telle quelle, la reformuler de façon plus apaisée, évaluer son intensité avant et après. Ce simple protocole, pratiqué régulièrement, suffit souvent à désamorcer le mécanisme d'hyper-éveil.

Reconstruire une relation saine avec son lit

Vous avez beau vous forcer à rester au lit, à fermer les yeux plus tôt, à compter les heures qui passent, votre cerveau, lui, ne lâche pas. Il enregistre. Et ce qu'il a appris, à force de nuits agitées, c'est que le lit est un endroit anxiogène. La TCC-I vient reconstruire ce schéma de pensées, pour que votre chambre redevienne un espace de sécurité. Mais le travail ne s'arrête pas là. Car une nuit réparatrice ne commence pas à l'heure du coucher, elle se construit tout au long de la journée. « Comment on vit notre journée, comment on gère les moments de stress, tout cela influence directement la qualité de nos nuits », rappelle Catherine Paquet.

Ce soir, vous pouvez déjà changer quelque chose

Pas besoin d'attendre d'avoir le livre en main pour commencer. Catherine Paquet partage trois gestes issus directement de son protocole, simples, immédiats, et dont l'efficacité est validée scientifiquement.

Posez vos pensées par écrit avant d'éteindre la lumière

Votre cerveau ne lâche pas ses inquiétudes parce qu'il a peur de les oublier. Donnez-lui une permission. Avant de vous coucher, notez sur un carnet les pensées qui tournent en boucle, telles quelles, sans les reformuler. « Le fait de déposer par écrit permet de se dire : je prends ça en compte, mais ce n'est pas le moment de m'en occuper. Demain, je pourrai y revenir », explique Catherine Paquet. Ce simple geste suffit souvent à desserrer l'étau mental qui retarde l'endormissement.

Si vous ne dormez pas après 20 minutes, levez-vous

C'est l'un des fondamentaux de la TCCI, et l'un des plus contre-intuitifs. Rester au lit à ruminer renforce l'association lit = anxiété. « On se lève, on va faire autre chose, lire, écrire, s'installer dans un endroit peu confortable (pour ne pas s’y éterniser), et on ne retourne au lit que quand le sommeil se fait vraiment sentir », conseille la thérapeute. L'objectif n'est pas de prolonger l'éveil, mais de briser le conditionnement négatif avant qu'il ne s'ancre davantage.

Cessez de vouloir dormir, visez autre chose

C'est le changement de regard le plus puissant que propose Catherine Paquet. Plutôt que de faire du sommeil un objectif en soi, source d'angoisse par définition, demandez-vous pourquoi vous voulez mieux dormir. « On ne veut pas mieux dormir pour mieux dormir. On veut mieux dormir parce qu'on veut retrouver de l'énergie, être plus patiente avec ses enfants, être plus performant au travail », rappelle-t-elle. Mieux dormir devient alors un moyen d’atteindre l’objectif réel. Déplacer le focus vers cet objectif positif et concret allège immédiatement la pression qui pèse sur la nuit.

Ces trois gestes sont un point de départ. Le livre En finir avec le cauchemar des insomnies va bien plus loin. Six semaines de protocole structuré, un substitut de coaching thérapeutique hebdomadaire par le biais du carnet du sommeil numérique, des séances de relaxation thérapeutique (au croisement entre l’hypnose, la méditation et la psychologie cognitive), pour se réconcilier durablement avec ses nuits et retrouver, enfin, un meilleur équilibre de vie. Le sommeil s’apprend ! Il se comprend, se rééduque et se réapprivoise.

En finir avec le cauchemar des insomnies de Catherine Paquet disponible aux Éditions Jouvence. Elle propose aussi sur YouTube, Spotify et Insight Timer plus d’une centaine de séances d’hypnose en libre accès. Son site web www.psytherapie.eu détaille sa pratique : consultations par visio-conférence, séjours bien-être au Maroc, etc.

Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.

Dans le numéro 6

Juin 2026

Le numéro
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