Naturopathie : comment elle soutient le corps face à l'effort et à la fatigue
Et si votre corps était votre meilleur allié ? Christophe Lebrun et Frédérique Laurent, co-auteurs de Marathoniens de l'extrême, Carnet de Bord, nous racontent comment la naturopathie les a aidés à traverser la maladie, à se reconstruire, et à courir jusqu'au Pôle Nord par −42 °C. Bien au-delà de l'exploit sportif, c'est un art de vivre qu'ils nous transmettent : se connaître profondément, écouter ses signaux intérieurs, et durer sans s'abîmer.


Se connaître : le point de départ de tout

Qui suis-je vraiment ? Le bilan naturopathique
Tout commence par une pause forcée. Pour Christophe, une hernie discale inopérable l'immobilise des mois entiers, les chirurgiens lui donnaient 20 % de chances à l'opération, le fauteuil roulant comme seule alternative. Pour Frédérique, un corset à l'adolescence, puis le deuil de son mari emporté par une tumeur cérébrale. Deux chemins douloureux, un même point d'arrivée : se retrouver soi-même.

C'est forte de son expérience de naturopathe que Frédérique pose le premier principe : faire avec le corps, et non contre. « Quand le corps ne peut plus, c'est lui qui s'arrête. Vous pouvez avoir la meilleure volonté du monde, ça ne marche pas. » La première étape est donc un état des lieux honnête physiquement, énergétiquement, émotionnellement.
Concrètement, il s'agit d'identifier ses organes forts et ses organes faibles. Ces fragilités ne sont pas des défauts à corriger, mais des données à intégrer. « Si on a des problématiques d'intestin, ça va se révéler plus rapidement que d'autres fragilités lors d'un effort. » Connaître ces zones sensibles, c'est déjà avoir une longueur d'avance sur soi-même.

Le capital énergie : connaître son réservoir
Au-delà des organes, la naturopathie s'intéresse au capital énergie, cette réserve vitale propre à chaque individu. Frédérique le résume avec une image concrète : « Ce n'est pas la même chose de partir avec un réservoir de 20 litres ou de 50 litres. Celui qui a 20 litres ne peut pas moins faire, il a simplement besoin de davantage de temps de récupération et de régénération. » Mais attention : le vrai danger, c'est souvent celui qui a 50 litres. Convaincu d'avoir une énergie infinie, il ne voit pas venir ses limites et le jour où il les atteint, il ne comprend pas ce qui lui arrive !
Cette connaissance du réservoir de départ permet ensuite de se poser les bonnes questions : comment l'ai-je utilisé au fil du temps ? L'ai-je respecté, ou au contraire gaspillé ? Et surtout, comment l'optimiser aujourd'hui, en tenant compte de son âge, de son mode de vie, de son contexte personnel et professionnel ? C'est sur cette base que s'articulent les trois piliers de la naturopathie : l'alimentation, l'émotionnel-le mental et l'activité physique.
Les croyances limitantes : quand les mots deviennent des murs
L’un des freins les plus insidieux à la reconstruction n’est pas physique, mais mental. Ce sont les croyances limitantes, ces idées qui s’installent après un choc, un diagnostic ou une épreuve, jusqu’à structurer toute une manière de vivre. Frédérique le souligne : lorsqu’on vous dit que vous ne pourrez plus jamais faire de sport, cette phrase peut devenir une vérité intérieure, autour de laquelle tout finit par s’organiser.
Christophe en sait quelque chose. Pendant cinq ans, il a dû réapprendre à marcher, à se tenir debout, à imaginer de nouveau un avenir avec son corps. Rien ne s’est fait d’un coup. Ce parcours a demandé du temps, un profond travail intérieur. « Le déclic dont on parle si souvent n’est pas un point de départ, mais la révélation d’un chemin personnel ». précise-t-il.
Interroger ces croyances, se demander « et si c’était l’inverse ? », fait partie du travail de fond. Il ne s’agit pas de nier la réalité médicale, mais de rouvrir le champ des possibles et de retrouver une relation active, vivante, avec son propre corps.
Écouter : le corps et le mental comme alliés
Les émotions ne sont pas des ennemies
Ce que l’on prend parfois pour une faiblesse, une peur excessive ou un blocage est souvent un message à écouter. Le corps n’alerte pas pour empêcher d’avancer, il alerte pour signaler qu’un ajustement est nécessaire. Les émotions fonctionnent de la même manière. Elles ne sont pas là pour vous freiner, mais pour vous indiquer qu’un paramètre doit changer.
Frédérique en a fait l’expérience en préparant le Marathon du Pôle Nord, dans des entrepôts frigorifiques à −40°C. Face au froid, la peur surgit, brutale, irrationnelle, paralysante. Plutôt que de la nier, elle a appris à l’écouter. Peu à peu, ce signal est devenu une information utile, non plus une menace, mais un repère pour mieux se protéger, mieux s’adapter, puis continuer.
C’est peut-être là l’un des enseignements les plus précieux. Lorsqu’on apprend à écouter les messages du corps et du mental, ils deviennent plus lisibles. Ils cessent d’être vécus comme des obstacles et redeviennent ce qu’ils sont souvent au fond : des signaux, des repères, parfois même des alliés.
Le circuit neurologique : construire sa posture de l'intérieur
La naturopathie ne se limite pas à l’alimentation ou aux compléments. Elle prend aussi en compte une dimension souvent oubliée, celle du circuit neurologique, ce lien essentiel entre le corps et le cerveau qui influence la posture, l’équilibre et de nombreux automatismes.
Frédérique rappelle que certains réflexes fondamentaux, acquis dès la petite enfance, participent à ce câblage neurologique : marcher à quatre pattes, coordonner les mouvements de la tête et du regard, tenir en équilibre. Ces gestes, en apparence simples, construisent les bases de la stabilité, de l’orientation dans l’espace et de la coordination. Avec le temps, la sédentarité, le manque de mouvement ou les mauvaises postures peuvent altérer cet équilibre. Il devient alors nécessaire de rééduquer ces bases pour retrouver une posture plus juste, un meilleur ancrage et un fonctionnement plus fluide.
Avant même la performance, ce retour aux fondamentaux fait partie de la reconstruction. Il aide à prévenir les blessures, mais surtout à rétablir un dialogue cohérent entre le corps et le mental, indispensable à un équilibre durable.
Transformer ses fragilités en outils
Frédérique et Christophe évoquent notamment le cas d’un ami rencontré lors des Foulées de la Soie, en Asie centrale. Diabétique, il n’avait pas fait de sa maladie un obstacle, mais un véritable outil de connaissance de soi. La course à pied lui avait appris à lire les signaux de son corps avec une précision rare : savoir quand ajuster son traitement, anticiper les variations glycémiques liées à l’effort, ou reconnaître le moment où il fallait s’arrêter.
Pour eux, cet exemple dit l’essentiel : « On fait avec qui on est et comment on est. » Lorsqu’elle est comprise, intégrée et accompagnée, une fragilité peut devenir une force. Elle impose une qualité d’écoute et d’adaptation que ceux qui se croient invulnérables ne développent pas toujours.
Durer : la performance sans s'abîmer
Avant et après : la preuve par l'exemple
Christophe a couru deux fois le Marathon du Pôle Nord. La première, avec une préparation classique centrée sur le physique, il franchit la ligne d’arrivée épuisé, avec une récupération longue et difficile.
La seconde, aux côtés de Frédérique, en intégrant une approche plus globale, alimentation adaptée, gestion des émotions, visualisation, préparation mentale, l’expérience est totalement différente. Il court dans de bonnes conditions, sans effondrement physique ni mental, et récupère rapidement.
La différence ne tient pas à l’entraînement en lui-même, mais à tout ce qui l’entoure et le soutient. Non pas se dépasser au point de s’abîmer, mais mobiliser pleinement ses ressources tout en respectant son corps. C’est là que commence une autre manière de performer, plus durable.
Le pourquoi profond : moteur de la durée
La motivation, telle qu’on l’entend souvent, ne suffit pas toujours. Elle fluctue, s’érode avec la fatigue, les contraintes ou les jours plus difficiles. Ce qui soutient vraiment dans le temps, c’est un pourquoi profond, intime, presque viscéral, qui dépasse la simple volonté. Non pas suivre une règle parce qu’il le faut, mais savoir pourquoi cela compte pour soi. Parce qu’on veut rester en forme, préserver sa liberté de mouvement, voir grandir ses petits-enfants, ou simplement continuer à vivre pleinement.
Frédérique le rappelle, ce pourquoi est toujours personnel. Il ne se compare pas et ne s’emprunte pas. Celui d’un autre ne sera jamais le vôtre. Et c’est justement ce qui fait sa force : lorsqu’on sait profondément pourquoi l’on agit, l’effort n’est plus vécu comme une contrainte, mais comme l’expression d’un élan intérieur.
Le lien à l'autre : condition de l'équilibre
Pour Frédérique, l’équilibre ne se construit jamais en vase clos. Dans le corps, tout fonctionne par circulation, ajustement, dialogue. Et il en va de même dans la vie : lorsqu’on coupe le lien aux autres, au vivant, à ce qui nous entoure, quelque chose finit par se figer ou se désaccorder.
Le duo qu’elle forme avec Christophe en est une illustration concrète. Ils sont différents dans leur rapport au corps, aux émotions, à l’apprentissage, mais c’est justement cette différence qui fait leur force. Ils n’avancent pas de la même manière, n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes fragilités, pourtant chacun aide l’autre à trouver son propre équilibre.
Leur parcours rappelle ainsi une chose essentielle : on ne se reconstruit pas seul. Le lien, le regard de l’autre, la transmission, peuvent devenir de véritables appuis. Et parfois, le simple fait de partager son histoire suffit déjà à rouvrir un peu d’espoir chez quelqu’un d’autre.
Christophe Lebrun et Frédérique Laurent sont co-auteurs de Marathoniens de l'extrême, Carnet de Bord. Frédérique Laurent est naturopathe et auteure aux éditions Leduc .
Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.














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avec Christophe Lebrun, et sur le même sujet












