Hypertension, arthrose, diabète : ce que les compléments alimentaires peuvent vraiment changer

Diabète, hypertension, arthrose, troubles du sommeil… Ces maladies dites "du quotidien" s'installent si progressivement qu'on finit par les considérer comme normales. Et pourtant, elles ont presque toujours un dénominateur commun : un terrain déséquilibré, une inflammation qui couve en silence. Angélique Houlbert, diététicienne-nutritionniste et autrice d'une collection de cinq guides pratiques sur la nutrition et la micronutrition, démystifie le rôle des compléments alimentaires dans la prévention et la gestion de ces pathologies. Non, ils ne sont ni miraculeux ni inutiles. Ils sont, selon elle, des outils de précision, à condition de savoir pourquoi et comment on les prend !

Ce que votre alimentation ne peut plus vous apporter (et pourquoi)

On nous a longtemps répété qu'une alimentation variée et équilibrée suffisait à couvrir tous nos besoins nutritionnels. La réalité, en 2024, est plus nuancée !

L'appauvrissement des sols, le stress, la pollution : trois facteurs invisibles

Les sols agricoles se sont progressivement appauvris en minéraux et en nutriments. Même en mangeant des fruits et légumes de saison, vous absorbez moins de vitamines et d'oligo-éléments qu'il y a cinquante ans. À cela s'ajoute la pollution, sous toutes ses formes. Le cadmium, un métal lourd présent dans les sols agricoles et dans certains aliments, s'accumule dans l'organisme et fait l'objet d'une attention croissante des chercheurs. La pollution de l'air, même en zone rurale, n'est pas en reste. Sans oublier la pollution intérieure, émanations des meubles, peintures, produits ménagers, souvent sous-estimée. C'est le foie qui filtre et traite en permanence toutes ces substances. Pour fonctionner efficacement, il a besoin de nutriments en quantité suffisante, et c'est précisément là que l'alimentation seule peut montrer ses limites !

Le stress chronique joue également un rôle majeur : il accélère la consommation de certains minéraux comme le magnésium, creusant des déficiences (à distinguer des carences franches, plus rares dans nos populations occidentales). Le vieillissement, lui, ralentit la synthèse de nombreuses molécules, coenzyme Q10, mélatonine, collagène, sans qu'on puisse l'arrêter.

La différence entre carence et déficience

Angélique Houlbert rappelle un point important : dans nos sociétés, les carences sévères, celles qui provoquent des maladies graves, restent relativement rares. En revanche, les déficiences sont beaucoup plus fréquentes. Plus discrètes, elles passent souvent inaperçues au début, mais peuvent se traduire peu à peu par de la fatigue, de l’irritabilité, des troubles du sommeil, des douleurs articulaires ou encore une inflammation chronique de bas grade. Silencieuse, cette inflammation s’installe dans la durée et peut finir par fragiliser progressivement le cerveau, les artères et les articulations.

Les compléments : ni anodin, ni miraculeux

Premier principe fondamental : un complément alimentaire ne soigne pas une maladie et ne remplace pas un médicament. Deuxième principe, tout aussi important : il ne remplace pas non plus une alimentation déséquilibrée. "Vous pouvez prendre tous les compléments alimentaires de la terre. Si vous n'avez pas revu votre alimentation, forcément, ça ne va pas fonctionner." rappelle Angélique.

La supplémentation vient donc en complément d'un mode de vie revu (alimentation, gestion du stress, activité physique, sommeil). C'est dans ce contexte seulement qu'elle devient pertinente !

Les bases universelles : ce que presque tout le monde devrait envisager

Avant d'aborder les cas spécifiques, deux compléments méritent une attention particulière car ils s'adressent à une grande partie de la population.

La vitamine D : l'exception qui confirme la règle

Sous nos latitudes, c’est sans doute la seule supplémentation qu’Angélique Houlbert juge quasi incontournable. Nous vivons majoritairement en intérieur, nous nous exposons peu au soleil, et la synthèse cutanée de vitamine D reste insuffisante pour une grande partie de la population. Un simple dosage sanguin permet de l’évaluer. En dehors des personnes qui travaillent réellement au grand air, la déficience est davantage la norme que l’exception !

Les oméga-3 : l'anti-inflammatoire de fond

Les oméga-3 à longue chaîne, surtout l’EPA et le DHA, sont précieux pour protéger le cœur et soutenir les articulations. Ils aident notamment à mieux réguler l’inflammation, qui joue un rôle majeur dans de nombreux déséquilibres chroniques. L’idéal est d’en consommer par l’alimentation, avec deux à trois portions de poissons gras par semaine, comme les sardines ou les maquereaux. Si ce n’est pas possible, une supplémentation peut être intéressante, à condition d’être irréprochable sur la qualité. Car des oméga-3 oxydés, autrement dit rancis, ne sont pas seulement inutiles, ils peuvent aussi devenir contre-productifs.

Le magnésium : star connue mais souvent mal choisie

Le magnésium est le complément le plus pris en France… et souvent le plus mal choisi ! La forme compte davantage que la dose. Les formes bon marché, comme l'oxyde de magnésium, présent dans de nombreux "magnésiums marins", sont peu assimilées par l'organisme et accélèrent le transit intestinal. Le bisglycinate de magnésium est la forme à privilégier : transporté par deux acides aminés (la glycine), il est bien absorbé, sans effet laxatif, et réellement efficace. À prendre sur au moins un à trois mois !

Comment choisir et combien de temps prendre un complément ?

Là encore, tout dépend du besoin. Mais un repère simple peut être retenu : la plupart des études cliniques sur les compléments alimentaires s’appuient sur des cures d’environ trois mois. C’est donc souvent la durée de référence pour juger de leur efficacité.

Cela ne veut pas dire que tous les compléments se prennent sur la même durée. Certains ont toute leur place dans un usage très ponctuel, sur quelques jours seulement. On peut penser, par exemple, à la mélatonine lors d’un décalage horaire, au charbon actif en cas de troubles digestifs occasionnels, ou encore au gingembre pour soulager temporairement des nausées. Dans la grande majorité des cas, il ne s’agit donc pas d’une prise à vie, mais d’un soutien ciblé, adapté à une période ou à un déséquilibre donné.

Enfin, il faut garder en tête qu’un complément n’agit jamais de façon totalement standardisée. Ce qui convient à une personne peut s’avérer inefficace, voire inadapté, pour une autre. Les plantes adaptogènes, utilisées en cas de stress ou de fatigue, l’illustrent bien : entre l’ashwagandha, la rhodiola, la maca ou le basilic sacré, il n’existe pas de solution universelle. Le bon réflexe consiste donc à individualiser, observer, puis ajuster.

Trois pathologies, trois approches ciblées

Hypertension : assouplir les artères de l'intérieur

L'hypertension artérielle est souvent perçue comme une fatalité liée à l'âge ou à la génétique. Elle est en réalité multifactorielle et donc multi levier.

Comprendre ce qui se passe dans les artères

La tension artérielle, c'est littéralement la pression exercée sur la paroi interne des vaisseaux, appelée endothélium. Pour que cette pression reste normale, il faut que les artères soient souples, non inflammées, non oxydées. Or plusieurs facteurs viennent rigidifier progressivement cette tuyauterie : l'excès de sel, le tabac (qui endommage l'endothélium), l'alcool (qui stimule le système nerveux et resserre les vaisseaux), le manque de potassium, le stress. L'alimentation ultra-transformée, véritable bombe de sel, est l'un des premiers leviers à corriger.

Du côté des apports protecteurs : les légumes colorés (riches en antioxydants qui protègent la paroi vasculaire), les légumes en général (source de potassium, minéral qui contrebalance le sodium), et les bonnes graisses comme les oméga-3.

Ce que les compléments peuvent apporter

Les probiotiques, et plus précisément les lactobacilles (souches dont le nom commence par L., comme L. plantarum, L. reuteri, L. casei), ont montré dans plusieurs méta-analyses un effet réel sur la réduction de la pression artérielle en cas d'hypertension légère. Chez les personnes hypertendues, le microbiote intestinal (l'ensemble des micro-organismes qui peuplent nos intestins) est souvent appauvri. Rééquilibrer cet écosystème est donc un point de départ logique.

Le magnésium (sous forme de bisglycinate) contribue à la relaxation des parois artérielles. Des études sur trois mois montrent une baisse mesurable de la tension chez les personnes supplémentées.

L'extrait de feuille d'olivier, standardisé en oleuropéine (son principe actif), est également intéressant. L'aubépine peut être utile en cas de palpitations associées.

Point essentiel : on n'arrête jamais un médicament antihypertenseur pour le remplacer par un complément. Ces deux approches peuvent se combiner, mais c'est votre médecin ou votre pharmacien qui valide la compatibilité.

Arthrose : éteindre l'incendie, puis reconstruire

L'arthrose n'est pas simplement une "usure mécanique" liée à l'âge. C'est une maladie inflammatoire et dégénérative à part entière. Cette nuance change tout, car elle ouvre des perspectives d'action.

L'articulation, un tissu vivant

Le cartilage est composé d'eau et de glycosaminoglycanes, de véritables éponges moléculaires, comme la chondroïtine, ainsi que de chondrocytes, des cellules capables de réparer et régénérer le tissu en permanence. L'arthrose survient quand l'inflammation dépasse les capacités de réparation.

Une des sources souvent sous-estimée de cette inflammation articulaire est intestinale. Quand la paroi de l'intestin devient trop perméable, ce qu'on appelle l'hyperperméabilité intestinale, ou intestin "passoire", des molécules indésirables passent dans la circulation sanguine et déclenchent une réponse immunitaire généralisée, avec inflammation à la clé ! Réparer la paroi intestinale est donc une étape fondamentale.

Les compléments pour soulager

La boswellia (Boswellia serrata) est la plante de référence. Issue de la médecine ayurvédique indienne, elle agit sur l'inflammation articulaire, intestinale et pulmonaire. Son efficacité est rapide : une amélioration est perceptible dès les cinq premiers jours. Il faut choisir un extrait standardisé en acides boswelliques (ses principes actifs), à raison de 100 à 300 mg par jour. "Si votre complément est à 3,50 euros la boîte, globalement, vous payez la boîte et les gélules, mais il n'y a quasiment rien dedans." explique Angélique.

En cas d'articulation gonflée (et non seulement douloureuse), la bromélaïne, enzyme extraite de l'ananas, est un bon choix pour réduire l'œdème.

Pour les douleurs intenses, le PEA (palmitoylethanolamide) est une option remarquable. C'est un lipide que notre corps produit naturellement, souvent en quantité insuffisante lors des crises. Il agit sur le système endocannabinoïde, le même que le CBD, pour moduler la douleur, sans effet psychotrope.

D'autres plantes peuvent prendre le relais selon le profil : curcuma (à éviter si prise d'anticoagulants), harpagophytum (utile pour les problèmes de mobilité articulaire).

Les compléments pour protéger et reconstruire

Parmi les actifs les plus utilisés pour le soutien articulaire, le collagène hydrolysé occupe une place à part. Sous sa forme native, le collagène est une molécule trop grosse pour être facilement assimilée. Une fois hydrolysé, il est découpé en peptides plus petits, que l’organisme absorbe mieux. Ces peptides peuvent ensuite participer au soutien du cartilage en nourrissant les chondrocytes, les cellules qui en assurent la maintenance.

La glucosamine et la chondroïtine complètent souvent cette approche. Leur intérêt repose surtout sur leur capacité à accompagner la préservation du cartilage déjà présent. Quant à l’acide hyaluronique oral, il est parfois ajouté pour favoriser une meilleure lubrification des articulations et améliorer le confort articulaire au quotidien.

Diabète : stabiliser la glycémie par trois leviers

Le diabète de type 2, qui représente 90 % des cas, est une maladie progressive liée à une mauvaise gestion du glucose par l'organisme. Il arrive de plus en plus tôt, parfois chez des personnes jeunes ou en prédiabète.

Comprendre ce qui se passe réellement

La glycémie désigne le taux de glucose dans le sang. Ce glucose provient en grande partie des féculents, comme le pain, le riz, les pâtes ou les pommes de terre. Lorsqu’il arrive trop vite et en trop grande quantité dans la circulation, il finit par abîmer l’organisme.

Avec le temps, cet excès de glucose se fixe sur certaines protéines et les détériore. C’est ce qu’on appelle la glycation. Ce phénomène touche en particulier les artères, les reins, les yeux et les nerfs, et contribue aux complications du diabète.

Levier 1 : ralentir le passage du glucose dans le sang

L'idée ici est de freiner l'absorption intestinale du glucose pour éviter les pics glycémiques.

  • Le psyllium et le konjac sont des fibres solubles qui forment un gel dans l'intestin, emprisonnant une partie des glucides et ralentissant leur libération.
  • Le gymnéma (Gymnema sylvestre), plante ayurvédique surnommée "le destructeur de sucre", retarde également l'absorption du glucose au niveau intestinal.

Levier 2 : dégripper les serrures cellulaires

Dans le prédiabète et le diabète de type 2, l'insuline est souvent présente, mais les cellules n'y répondent plus correctement. L'insuline fonctionne comme une clé qui ouvre la porte des cellules pour y faire entrer le glucose. Quand les serrures sont grippées, c'est la résistance à l'insuline, le glucose reste dans le sang.

  • Le chrome, oligo-élément bien documenté, améliore la sensibilité des cellules à l'insuline. Il est bien toléré et sans contre-indication notable.
  • Le myo-inositol agit de façon similaire. Il est aussi utilisé dans le syndrome des ovaires polykystiques, autre pathologie liée à la résistance à l'insuline.
  • La berbérine, principe actif extrait de la plante berbéris, est l'option la plus puissante. Elle est déconseillée pendant la grossesse (risque de contractions utérines), mais chez les autres, elle donne d'excellents résultats.

Levier 3 : prévenir la glycation des tissus

C'est ici que la prévention des complications prend tout son sens, notamment pour les diabétiques de type 1, exposés depuis longtemps à des niveaux de glucose élevés.

  • L'acide alpha-lipoïque est un antioxydant bien étudié chez les diabétiques. De nombreuses études cliniques montrent qu'il aide à prévenir les neuropathies — ces atteintes des nerfs qui touchent les mains et les pieds.
  • La L-carnosine agit comme un leurre : elle se fait gliquer à la place des protéines et des parois vasculaires, les protégeant ainsi de la caramélisation.

Les compléments alimentaires ne sont ni des remèdes miracles, ni des produits à rejeter d’emblée. Lorsqu’ils sont bien choisis, ils peuvent apporter un soutien réel. Encore faut-il respecter quelques principes essentiels. D’abord, la qualité du produit : une forme bien assimilée, un extrait standardisé, une composition claire, et une marque sérieuse. Ensuite, la régularité, car un complément pris de façon aléatoire a peu de chances de produire un effet lisible. Enfin, il faut tenir compte de son propre terrain : ce qui convient à une personne ne convient pas nécessairement à une autre. Observer, tester, ajuster, fait aussi partie d’une démarche de santé éclairée. Un point reste souvent sous-estimé, certains compléments peuvent interagir avec des médicaments ou ne pas convenir à certains profils, notamment en cas de grossesse, de pathologie chronique ou de traitement en cours. Bien utilisés, ils peuvent alors faire une vraie différence, de manière progressive, parfois discrète, mais bien réelle.

Angélique Houlbert est diététicienne-nutritionniste et autrice de nombreux ouvrages de référence, dont La meilleure façon de manger et Le nouveau régime IG. Elle a récemment publié une collection de cinq guides pratiques “La collection Nutri” consacrés à l'alimentation et aux compléments alimentaires dans le contexte de la ménopause, du diabète, de l'hypertension, de l'arthrose et des troubles du sommeil et du stress.

Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.

Dans le numéro 6

Juin 2026

Le numéro
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avec Angélique Houlbert, et sur le même sujet