Hormones, douleurs et silence : la santé féminine sort de l'ombre



La santé féminine fait de plus en plus parler d'elle. La comprendre vraiment, c'est une autre histoire ! SOPK, endométriose, ménopause, fibromyalgie : derrière ces mots, des millions de femmes ont attendu des années avant d'être entendues. Naturopathe et spécialiste en santé fonctionnelle, Céline Hovette décrypte ce que la médecine conventionnelle peine encore à nommer : les déséquilibres qui abîment silencieusement la vie des femmes. Et les leviers, concrets, pour reprendre la main.
Non, ce n'est pas dans votre tête
Pendant longtemps, les femmes ont appris à considérer leurs symptômes comme une fatalité. Des règles douloureuses ? Normal. Une fatigue persistante ? Le stress. Un cycle qui se dérègle ? L’âge. Une prise de poids soudaine, une anxiété nouvelle, un épuisement qui ne passe pas ? Encore une histoire d’hormones. À force d’entendre que “ce n’est rien”, beaucoup finissent par douter de ce qu’elles ressentent.
Le problème est structurel. Jusqu'à très récemment, la médecine a été pensée au masculin. Études, posologies, physiologie, tout était étudié sur des corps masculins. Or un corps de femme n'est pas un corps d'homme avec quelques hormones en plus ! C'est un système entier, plus complexe, plus subtil, qui fonctionne selon des variations hormonales cycliques ayant des effets physiologiques multiples. C’est précisément là que commence la santé féminine : non pas dans une obsession du symptôme, mais dans la capacité à l’écouter autrement.
Céline Hovette le rappelle avec une phrase simple : « Personne ne sait mieux que vous si quelque chose cloche. Et si vous sentez que quelque chose cloche, c’est probablement qu’il y a quelque chose à écouter. » Ce n’est pas une invitation à s’inquiéter de tout. C’est une invitation à reprendre confiance dans son propre ressenti, surtout quand celui-ci a trop souvent été minimisé.
Quand les hormones pilotent tout
Avant même de parler de pathologies, il y a une chose essentielle à comprendre : les hormones féminines ne gèrent pas uniquement les règles ou la fertilité. Elles influencent aussi le cerveau, l’humeur, le sommeil, l’énergie, la concentration ou encore la manière dont le corps réagit au stress et à la douleur.
Tout au long du cycle, deux hormones jouent un rôle central : les œstrogènes et la progestérone. Les œstrogènes augmentent surtout dans la première partie du cycle, après les règles et avant l’ovulation. Chez certaines femmes, cette période s’accompagne d’un regain d’énergie, d’une pensée plus claire, d’une meilleure concentration et d’un plus grand élan pour agir, créer ou communiquer.
Après l’ovulation, la progestérone prend le relais. Son rôle est plus apaisant : elle aide le corps à ralentir, soutient le sommeil et stabilise le système nerveux, notamment via le GABA, un messager chimique qui favorise le calme. Mais dans les jours qui précèdent les règles, cette hormone chute. Chez certaines femmes, cette baisse peut fragiliser l’équilibre émotionnel, réduire l’élan, perturber le sommeil et accentuer l’irritabilité ou la fatigue mentale. Pourtant, le rythme de nos sociétés modernes continue d’exiger des femmes une performance constante, sans tenir compte de ces variations naturelles.
Autre point essentiel : le système hormonal et le système nerveux fonctionnent ensemble. Un stress chronique est perçu par le corps comme un signal de danger. Or lorsqu’il se sent en danger, l’organisme privilégie la survie plutôt que la reproduction. Le cycle peut alors se dérégler, l’ovulation devenir plus fragile et l’équilibre hormonal se perturber. Prendre soin du stress et du système nerveux devient donc aussi important que de prendre soin des hormones elles-mêmes !
Le cycle, un outil à apprendre à lire
Comprendre son cycle, c’est se donner un outil de navigation. Céline Hovette le rappelle simplement : la fertilité féminine se concentre sur une fenêtre très courte chaque mois, tandis que la fertilité masculine fonctionne de manière continue. Apprendre à repérer cette période, par exemple grâce à la symptothermie, avec l’observation de la glaire cervicale, de la position du col et des variations de température, permet déjà de mieux comprendre ce qui se passe dans son corps lorsqu’elle est correctement apprise et pratiquée.
Cette lecture du cycle ne sert pas seulement à identifier l’ovulation. Elle peut aussi aider à mieux organiser sa vie. Quand c’est possible, la première partie du cycle, souvent plus dynamique, peut accueillir les réunions importantes, les prises de parole, les décisions lourdes ou les moments qui demandent de l’élan vers les autres. La deuxième partie du cycle invite davantage à ralentir, à poser des limites, à éviter les sollicitations non essentielles et à préserver son énergie.
L’objectif n’est pas de tout contrôler, ni de transformer le cycle en nouvelle injonction. Il s’agit plutôt d’apprendre à composer avec son propre rythme. Dire non, alléger, déplacer un rendez-vous, se protéger quand le corps le demande, ce n’est pas une faiblesse. C’est une façon intelligente de préserver son énergie. Comme le dit Céline Hovette : « Ce n’est pas toujours facile, mais quand on peut, c’est précieux ! »
SOPK et endométriose : deux troubles fréquents, encore trop mal compris
Le SOPK et l’endométriose concernent chacun environ une femme sur dix. Malgré leur fréquence, ces troubles restent souvent banalisés, mal repérés ou diagnostiqués tardivement. Cycles irréguliers, douleurs, fatigue, troubles digestifs, difficultés à concevoir ou déséquilibres hormonaux : les symptômes peuvent être multiples et impacter profondément la qualité de vie.
SOPK ou SMOP* : bien plus qu'un problème de fertilité
Le syndrome des ovaires polykystiques, ou SOPK, reste encore mal compris. Son nom est trompeur, car il ne se résume pas à la présence de kystes sur les ovaires. Certaines femmes peuvent présenter un SOPK sans image typique à l’échographie, ce qui peut retarder le diagnostic alors que les symptômes, eux, sont bien réels. Le diagnostic repose sur un ensemble de critères cliniques, biologiques et échographiques.
Le SOPK peut provoquer des cycles irréguliers ou absents, des troubles de l’ovulation, de l’acné, une pilosité excessive, une chute de cheveux, une fatigue importante ou encore des difficultés à perdre du poids. Mais il ne concerne pas seulement la fertilité. C’est un syndrome hormonal et métabolique, qui peut aussi affecter l’énergie, l’humeur, le poids, l’image de soi et la qualité de vie.
Chez de nombreuses femmes, il s’accompagne aussi d’une résistance à l’insuline, c’est-à-dire d’une difficulté du corps à bien utiliser le sucre dans le sang. À long terme, cela peut favoriser la prise de poids et augmenter le risque de diabète de type 2 ou de troubles cardiovasculaires. Le SOPK peut également nécessiter une surveillance particulière en cas de grossesse.
Réduire le SOPK à “un problème pour tomber enceinte” est donc beaucoup trop limité. C’est un trouble complexe, qui mérite une prise en charge globale, à la fois hormonale, métabolique, médicale et psychologique..
*À noter : le changement de nom du SOPK a été annoncé le 12 mai 2026, lors du Congrès européen d’endocrinologie. Le terme anglais PMOS, pour Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome, remplace désormais PCOS afin de mieux refléter la dimension hormonale, métabolique et systémique de cette pathologie. En français, on peut le traduire par SMOP, pour syndrome métabolique ovarien polyendocrinien.
Endométriose : une maladie inflammatoire chronique aux effets bien plus larges que la sphère gynécologique
L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique. Elle apparaît lorsque des tissus proches de la muqueuse utérine se développent en dehors de l’utérus, notamment sur les ovaires, les trompes, le péritoine, l’intestin ou la vessie. Sensibles aux variations hormonales du cycle, ces tissus peuvent entretenir une inflammation persistante, former des kystes, créer des adhérences entre les organes et provoquer des douleurs parfois invalidantes.
C’est pourquoi l’endométriose ne peut pas être réduite à de simples douleurs de règles. Elle peut toucher le cycle menstruel, la digestion, la sphère urinaire, la sexualité, la fertilité, l’énergie et plus largement la qualité de vie. Certaines femmes souffrent dès leurs premières règles, tandis que d’autres ne comprennent ce qui se joue que des années plus tard, après des douleurs inexpliquées, une fatigue chronique ou des troubles digestifs répétés.
Ses causes exactes ne sont pas encore totalement établies. Plusieurs mécanismes sont étudiés, parmi lesquels le reflux menstruel, les facteurs immunitaires, hormonaux, génétiques ou inflammatoires. Mais une chose est aujourd’hui claire : l’endométriose n’est ni une fragilité psychologique, ni une exagération de la douleur. C’est une maladie réelle, complexe, inflammatoire, qui dépasse largement le seul cadre gynécologique.
Comme le rappelle Céline Hovette : « Les symptômes sont un signal. Il ne s’agit pas seulement de les faire taire, mais de comprendre ce qui les déclenche et les aggrave. »
Ce que vous pouvez faire concrètement
Pour le SOPK comme pour l’endométriose, trois leviers reviennent systématiquement : l’alimentation, l’activité physique et la régulation du système nerveux. Non pas comme des solutions de dernier recours, mais comme une base quotidienne pour soutenir le corps.
Le premier levier, c’est l’alimentation anti-inflammatoire. Certaines données suggèrent qu’une alimentation riche en aliments peu transformés, en fibres et en oméga-3 peut contribuer à réduire certains marqueurs inflammatoires et améliorer la qualité de vie chez certaines femmes. L’objectif est d’augmenter les apports en légumes, idéalement 500 à 600 grammes par jour, en protéines de qualité, souvent trop peu présentes dans l’alimentation des femmes, en bonnes huiles végétales, en oméga-3 issus des petits poissons gras et en oléagineux, en petites quantités quotidiennes. Chaque geste compte : une portion de légumes ajoutée chaque jour pendant plusieurs mois peut déjà produire un impact positif mesurable.
Le deuxième levier, c’est le mouvement. Il ne s’agit pas forcément de sport intensif, mais d’une activité régulière : marcher, monter les escaliers, porter, mobiliser le corps au quotidien. Une activité physique régulière est associée à une amélioration de plusieurs paramètres métaboliques et reproductifs chez les femmes atteintes de SOPK, notamment la sensibilité à l’insuline, la régularité menstruelle et parfois l’ovulation.
Enfin, le troisième levier concerne le système nerveux : méditation, yoga, respiration, aromathérapie ou encore olfactothérapie. Comme le rappelle Céline Hovette, l’odorat est directement relié au cerveau émotionnel. Quelques minutes d’inhalation d’une huile essentielle adaptée peuvent ainsi aider à agir sur l’apaisement nerveux. Ces outils ne remplacent pas un suivi médical. Ils le complètent.
Ménopause et fibromyalgie : reprendre la main
Ces deux réalités ont un point commun souvent sous-estimé : elles impliquent toutes les deux des fluctuations hormonales profondes et une implication du système nerveux. Les aborder séparément sans voir ce fil conducteur, c'est passer à côté de ce qui permet d'agir vraiment.
Ménopause : pas la fin, un cap à comprendre
Une distinction essentielle doit être faite, comme le rappelle Céline Hovette : « La ménopause n’est pas la fin de la vie d’une femme. Il faut distinguer la fertilité de la féminité. Ce sont deux choses complètement différentes. » Pourtant, beaucoup de femmes vivent cette période comme une perte de repères, parce qu’elles associent encore l’arrêt des règles au vieillissement ou à une forme de perte d’identité.
Sur le plan biologique, les premiers changements commencent souvent dès 35-40 ans. La ménopause n’est pas un basculement soudain, mais une transition progressive, liée à l’évolution naturelle de l’âge et à une baisse des hormones ovariennes. Peu à peu, ces changements peuvent modifier le sommeil, l’humeur, l’énergie, la température corporelle, la répartition du poids ou encore la récupération. Les comprendre permet de mieux accompagner cette période, au lieu de la subir comme une fatalité.
La prise de poids abdominale souvent observée pendant cette transition ne relève donc pas d’un manque de volonté. Le corps change de fonctionnement : il stocke différemment, récupère parfois moins bien, réagit davantage au stress et devient souvent plus sensible aux écarts alimentaires ou au manque de mouvement. Comprendre cela permet de sortir de la culpabilité. Il ne s’agit pas de “se laisser aller”, mais d’adapter son hygiène de vie à un corps qui n’a plus exactement les mêmes besoins.
Cette même logique d’observation vaut aussi pour les bouffées de chaleur. Plutôt que de les subir comme des réactions imprévisibles, Céline Hovette conseille de tenir un journal pendant une dizaine de jours en notant l’heure, l’intensité et la durée des symptômes, mais aussi l’alimentation, les boissons consommées ou les situations stressantes vécues dans la journée. Café, alcool, plats épicés ou stress peuvent parfois agir comme déclencheurs. Les repérer permet déjà de mieux comprendre son corps et de retrouver une forme de maîtrise.
Fibromyalgie : quand le système nerveux amplifie la douleur
La fibromyalgie est une maladie chronique qui se manifeste par des douleurs diffuses, une fatigue persistante et des troubles du sommeil. Beaucoup de personnes décrivent aussi un épuisement permanent, des difficultés de concentration, une hypersensibilité au stress ou l’impression de ne jamais vraiment récupérer. Pourtant, les examens montrent souvent peu d’anomalies visibles, ce qui rend la maladie difficile à comprendre et à reconnaître.
Le diagnostic se fait donc souvent par élimination, après avoir écarté d’autres pathologies. Cette absence de “preuve visible” ajoute parfois une souffrance supplémentaire aux personnes concernées, qui peuvent avoir le sentiment de ne pas être entendues.
Sur le plan physiologique, la fibromyalgie semble liée à une hypersensibilité du système nerveux. Le cerveau traite les signaux de douleur comme s’ils étaient amplifiés : une tension, une fatigue ou un inconfort modéré peuvent devenir très douloureux. Cette dérégulation peut aussi affecter le sommeil, l’énergie, l’humeur et la gestion du stress.
Les variations hormonales pourraient également influencer la douleur, le sommeil et l’équilibre émotionnel chez certaines patientes, ce qui pourrait contribuer à l’apparition ou à l’aggravation des symptômes à certaines périodes clés, comme le post-partum ou la ménopause, ainsi qu’en présence de pathologies hormonales telles que l’endométriose ou le SOPK.
Côté alimentation, les apports en protéines peuvent être intéressants. Une fois digérées, elles fournissent des acides aminés, nécessaires à la fabrication de certains neurotransmetteurs impliqués dans l’énergie, la motivation et l’équilibre émotionnel. Pour Céline Hovette, remplacer un petit déjeuner très sucré par un repas plus riche en protéines et en bons gras peut déjà soutenir l’énergie au quotidien.
Les leviers communs
Pour la ménopause comme pour la fibromyalgie, deux leviers reviennent avec force : le renforcement musculaire et la régulation du système nerveux. Après 40 ans, le muscle devient un véritable enjeu de santé : il soutient le métabolisme, protège les os, limite le risque de chute et participe à l’équilibre de l’humeur. Le mouvement n’est donc pas un luxe, mais un outil concret pour accompagner le corps.
L’essentiel est de remettre le corps en mouvement progressivement sans forcer. Quand la douleur est présente, l’immobilité peut sembler rassurante, mais elle entretient souvent le cercle douleur, fatigue et perte de mobilité. L’activité physique adaptée permet justement d’avancer avec mesure, selon les capacités, l’énergie et les limites de chaque personne.
C’est aussi là que la complémentarité prend tout son sens. La médecine permet de poser un diagnostic, d’évaluer les risques et de proposer des traitements lorsque c’est nécessaire. La naturopathie, elle, peut accompagner le terrain, l’alimentation, l’hygiène de vie, le stress et les habitudes quotidiennes. Comme le rappelle Céline Hovette : « Les deux ne s’opposent pas. Il faut jouer la carte de la complémentarité. »
Enfin, dans une approche globale de la santé féminine, l’environnement dans lequel les femmes vivent ne peut pas être ignoré. Pour Céline Hovette, les perturbateurs endocriniens méritent une attention particulière. Présents dans certains plastiques, cosmétiques, parfums, textiles traités ou produits du quotidien, ils peuvent interférer avec les messages hormonaux envoyés au corps. Leur impact reste difficile à mesurer précisément, surtout lorsqu’ils s’additionnent, mais une chose est claire : parler de santé hormonale, c’est aussi interroger ce que l’on respire, ce que l’on mange, ce que l’on applique sur sa peau, ce que l’on porte et ce que l’on utilise chaque jour !
Céline Hovette est naturopathe, experte dans l’accompagnement des femmes et praticienne certifiée en physionutrition, phytothérapie, aromathérapie et santé fonctionnelle. Autrice de plusieurs ouvrages, dont Accompagner votre SOPK au naturel, Retrouver un ventre plat après 40 ans aux Éditions Jouvence et Ma ménopause positive (le guide et le guide de recettes). Elle développe une approche globale qui relie la science du corps aux solutions naturelles. Retrouvez ses informations sur son site.
Photos : RalKD - Karola G - Shvetsa
Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.














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