Douleurs chroniques et mal de dos : vous n'êtes pas condamné à avoir mal
Elle s'installe discrètement, d'abord. Une gêne dans le bas du dos au réveil. Une épaule qui coince. Une fatigue qui ne part pas. Et puis, un jour, on réalise qu'on l'a acceptée, qu'on s'est organisé autour d'elle, qu'on dit "j'ai mal au dos" comme on dirait "j'ai les yeux verts". Comme si c'était une donnée immuable de soi-même. Comme si souffrir faisait partie du contrat de la vie adulte !


Sylvère Caron a une tout autre lecture. Kinésithérapeute, ostéopathe du sport, ancien praticien auprès du Sporting Club de Bastia, il a passé des décennies à soigner des footballeurs, des triathlètes de haut niveau, des artistes, des équipes soignantes en Ehpad. Il a co-vécu avec des moines Shaolin en Thaïlande, créé plusieurs entreprises, traversé une crise personnelle majeure à 40 ans qui l'a conduit à tout remettre en question. Auteur du Pouvoir de tout changer et de Je ne suis pas heureux et je me soigne, il se consacre aujourd'hui à la formation et à la conférence, avec une conviction centrale qui traverse tout son travail : dans l'immense majorité des cas, la douleur chronique n'est pas une fatalité. C'est un signal. Et un signal, ça se comprend, ça se décode et ça se traite autrement qu'avec une ordonnance.

Pourquoi votre corps devient vulnérable
Avant le symptôme, il y a souvent un organisme déjà fragilisé
Quand une tendinite apparaît, on parle souvent du geste répété. Quand un lumbago survient, on évoque la mauvaise posture. La médecine occidentale sait très bien identifier le facteur déclencheur, la partie visible de l’iceberg. Pour Sylvère Caron, c’est justement là que se situe l’angle mort : « Le facteur déclencheur représente à peine 10 % de ce qui crée réellement une pathologie. » Le reste se joue dans l’état profond de l’organisme.
C’est ce qu’il appelle le terrain : l’état physiologique des cellules. Sont-elles bien hydratées ? Bien oxygénées ? Déjà en inflammation chronique ? Leur équilibre acido-basique est-il préservé ? Pour l’expliquer, il utilise l’image d’une piscine : quand le pH est bien réglé, l’eau est claire ; quand il vire à l’acide, les algues envahissent. Le corps fonctionne selon une logique comparable : il a besoin d’un équilibre légèrement alcalin, autour de 7 à 7,4, et devient plus vulnérable lorsque cet équilibre se dégrade, notamment sous l’effet de l’alimentation.
Une alimentation trop industrielle, riche en sucre, pauvre en nutriments ou excessive en protéines animales favorise un terrain inflammatoire. Elle peut aussi contribuer à maintenir un niveau élevé de cortisol, l’hormone du stress. À doses normales, le cortisol est indispensable : il aide le corps à réagir, à mobiliser de l’énergie et à s’adapter. Mais lorsqu’il reste trop élevé trop longtemps, il entretient l’inflammation et fragilise les cellules.
Autrement dit, le geste répété, la mauvaise posture ou l’effort ne sont pas toujours les seuls responsables d’une douleur physique ou chronique. Ils agissent souvent comme des révélateurs. Ils montrent qu’un organisme était déjà fatigué, inflammé, carencé ou en difficulté de récupération. À l’inverse, un corps mieux nourri, mieux hydraté et moins exposé à l’inflammation supporte davantage les contraintes du quotidien. Le symptôme n’apparaît donc pas toujours parce qu’un geste a été mal fait, mais parce qu’il a rencontré un corps qui n’avait plus assez de ressources pour l’encaisser.
L'émotion enfouie : ce que le corps dit à votre place
Une douleur chronique ne s’installe pas seulement sur un corps fragilisé. Elle peut aussi venir d’une couche plus profonde de notre fonctionnement : une histoire intérieure qui ne se formule pas toujours avec des mots, mais qui, avec le temps, finit par s’imprimer dans les tissus, dérégler le système nerveux et modifier la mécanique du corps. C’est ce que Sylvère Caron appelle le “conflit verrouillant” : une émotion qui n’a pas pu être exprimée, comprise ou traversée, et que le corps finit par traduire autrement.
C’est là que l’idée peut déranger, car elle oblige à sortir d’une lecture uniquement mécanique de la douleur. Une colère peut exister sans être ressentie comme telle au quotidien. Elle peut rester retenue, enfouie, coupée de la conscience, mais continuer à imprimer sa trace dans le corps. Comme l’explique Sylvère Caron : « Lorsque l’émotion ne parvient pas à remonter jusqu’à la conscience, elle cherche une autre voie d’expression. Le symptôme devient alors un langage. »
En cabinet, il observe souvent ce lien dans certaines pathologies inflammatoires, notamment les tendinites, où la colère enfouie revient comme un fil rouge. Non pas une colère visible, explosive ou quotidienne, mais une colère ancienne, retenue, inscrite dans ce qu’il appelle les mémoires du corps. Dans cette lecture, la douleur ne dit pas seulement : “il y a une zone à traiter”. Elle invite aussi à interroger ce qui, plus en profondeur, n’a pas encore été entendu.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer le physique et l’émotionnel. La douleur est réelle. L’inflammation est réelle. Le corps souffre vraiment. Mais traiter uniquement la zone douloureuse peut parfois revenir à calmer un signal sans comprendre ce qui l’entretient. Comme le résume Sylvère Caron : « C’est un peu comme éteindre l’alarme incendie sans chercher l’origine du feu. »
Le fascia et le psoas : les deux grands oubliés
Fascia, ce disque dur qui travaille en silence
Le fascia reste encore peu connu, alors qu’il est partout dans le corps ! Pour le rendre plus concret, Sylvère Caron utilise une image simple : sous la peau d’un poulet cru, cette fine membrane blanche, résistante, difficile à étirer ou à déchirer, c’est du fascia. Chez l’être humain, ce tissu forme un immense réseau continu. Il enveloppe les muscles, les organes, les tendons, les ligaments, les os et relie les différentes structures entre elles. Rien n’est vraiment séparé : tout communique à travers cette trame vivante.
Ce qui rend le fascia si important, c’est sa capacité à garder la trace de ce que le corps traverse. Traumatismes, tensions, douleurs répétées, chocs physiques ou émotionnels peuvent s’inscrire dans cette matière riche en eau. Sylvère Caron le décrit comme une forme de “disque dur biologique” : un tissu qui enregistre, s’adapte, compense, parfois pendant des années, jusqu’à ce que certaines tensions finissent par se manifester ailleurs.
Mais le fascia n’est pas une structure figée. Il bouge, glisse, se transforme et s’adapte en permanence aux contraintes du quotidien. Lorsqu’il est bien hydraté et mobile, il permet au corps d’absorber les chocs, de répartir les tensions et de conserver une certaine liberté de mouvement. À l’inverse, quand l’organisme est déshydraté, inflammé ou saturé de tensions, les fascias peuvent perdre en souplesse, se densifier et limiter la capacité du corps à récupérer.
C’est pourquoi des pratiques comme le yoga, le Pilates ou le stretching postural ne relèvent pas seulement du bien-être. En travaillant la respiration, l’étirement, la mobilité et la conscience corporelle, elles agissent aussi sur ce réseau profond, souvent ignoré jusqu’au jour où il se bloque !
Le psoas, ce muscle discret qui peut faire souffrir le dos
Au cœur de notre anatomie se trouve un muscle encore trop peu connu : le psoas. Il part de la colonne lombaire, traverse le bassin et vient s’attacher sur le fémur. Par sa position profonde, il est en lien étroit avec le bas du dos, le bassin, les organes digestifs, les ovaires et les ganglions lymphatiques. C’est aussi pour cela que certains anatomistes le surnomment le “muscle poubelle” de l’organisme.
Pour Sylvère Caron, ce surnom s’explique par sa tendance à accumuler une partie des toxines lorsque le corps élimine mal : manque d’hydratation, respiration insuffisante, foie surchargé, drainage ralenti. Lorsqu’il devient trop chargé ou trop tendu, le psoas perd en souplesse et se contracte. Or, comme il relie directement la colonne lombaire au fémur, cette contraction peut créer des tensions profondes dans le bassin et le bas du dos.
Avec le temps, cette tension peut participer à la compression de la zone lombaire, notamment autour des disques L4-L5 et L5-S1. Ces douleurs sont souvent attribuées au port de charges, au surpoids ou aux mauvaises postures, mais Sylvère Caron invite à regarder aussi l’état du psoas, l’hydratation, la respiration et la capacité du corps à éliminer.
Il insiste également sur le rôle de l’eau dans la santé des disques intervertébraux. Un disque sain contient beaucoup d’eau, ce qui lui permet d’amortir les chocs et de résister à la compression. Quand l’organisme manque d’hydratation, les disques peuvent perdre une partie de cette capacité d’amortissement. Le cerveau réagit alors en contractant les muscles autour de la zone pour protéger la colonne. Ce verrouillage musculaire peut devenir une source importante de douleur lombaire.
Dans cette lecture, le mal de dos n’est donc pas seulement une affaire de posture. Il peut aussi être le signe d’un corps déshydraté, surchargé, tendu ou en manque de mobilité profonde. Le psoas devient alors un muscle clé à écouter, relâcher et réhydrater, plutôt qu’un simple détail anatomique.
Reprendre la main : mindset, hydratation et mouvement
Ces 5% qui reprogramment tout
Notre cerveau fonctionne comme deux territoires opposés. Le néocortex, conscient et analytique, pilote environ 5 % de nos réactions. Le subconscient, lui, influence les 95 % restants : habitudes, peurs, comportements, décisions réflexes, mais aussi certaines réponses du corps. Et pourtant, ces 5 % de conscience peuvent devenir un levier immense. Bien orientés, ils ont la capacité d’influencer progressivement ce qui se joue plus en profondeur.
En accompagnant des athlètes de haut niveau, Sylvère Caron a observé que deux sportifs au niveau physique comparable ne se distinguent pas seulement par leur entraînement, mais par leur capacité à se projeter dans l’état recherché. Il donne l’exemple du pilote de rallye : dans un virage à 120 km/h, s’il fixe l’arbre qu’il veut éviter, il risque de foncer droit dessus. S’il visualise la sortie de la courbe, son corps suit cette direction. Le cerveau suit la direction qu’on lui donne.
C’est de cette logique qu’il tire une pratique quotidienne, matin et soir, fondée sur deux règles simples. La première : formuler en positif, car le subconscient retient d’abord l’image principale. Dire “je ne vais pas tomber” peut donc installer l’image de la chute. La seconde : parler au présent. “Je vais guérir” place l’objectif dans un futur incertain, tandis que “je suis en bonne santé” donne au cerveau une direction immédiate.
Ces quelques pourcents de conscience deviennent alors un point d’appui. Pas une pensée magique, mais une manière de réorienter l’attention, le langage intérieur et les automatismes, à condition de formuler l’intention clairement, au présent, sans laisser la petite voix sceptique reprendre le dessus.
Des gestes simples, des effets réels
Sylvère Caron faisait deux lumbagos par an jusqu'à ses 40 ans. Depuis qu'il applique ses propres outils, il n'en a plus fait aucun. Ce qu'il propose n'est pas un protocole complexe, c'est un retour aux fondamentaux physiologiques dans l'ordre où ils comptent vraiment.
Les trois premiers besoins fondamentaux de l'être humain, qu'il rappelle en s'appuyant sur le modèle de Virginia Henderson, sont dans l'ordre : la respiration, l'hydratation, l'alimentation. Pas les compléments alimentaires. Pas les applications de méditation. Respirer correctement, s'hydrater en profondeur via une alimentation riche en eau vivante, fruits, légumes, bouillons, manger en respectant l'équilibre acido-basique du corps ! Quand ces trois piliers sont en place, le quatrième, le sommeil, se rééquilibre souvent de lui-même.
Ajoutez à cela des étirements réguliers des fascias, une attention portée à la posture, et un travail progressif sur les émotions verrouillantes, et les choses changent. Vraiment. Sylvère Caron insiste sur ce point à chaque conférence : il ne s'agit pas de tout révolutionner du jour au lendemain, mais de reprendre conscience que l'on a des leviers. Que la douleur n'est pas une prison. Que le corps qui souffre est un corps qui parle, et qu'on peut lui répondre autrement que par la résignation.
La douleur chronique n'est pas un destin. C'est un message. Apprendre à le lire, agir sur le terrain, libérer les fascias, reprogrammer le subconscient : voilà ce qu'il appelle reprendre les rênes ! Son rôle, dit-il, c'est de montrer les portes et de donner les clés. Ce que chacun fait ensuite de ces clés, c'est son choix et sa responsabilité. Mais une chose est certaine : vivre avec la douleur ne devrait jamais devenir une évidence !
Sylvère Caron est l'auteur de Le pouvoir de tout changer et Je ne suis pas heureux et je me soigne. Il accompagne entreprises, équipes soignantes et sportifs de haut niveau en formation et en conférence. Retrouvez toutes ses informations sur son site.
Photos : Anntarazevich - Ryutaro - Tima Miroshnichenko
Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.














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