Cataracte : ce qu’il faut savoir sur l’opération la plus pratiquée en France

Plus d'un million d'interventions par an en France (1 108 448 en 2024, selon le PMSI), un chiffre qui dépasse celui de toutes les autres chirurgies confondues. Et pourtant, la cataracte reste une pathologie méconnue du grand public, souvent associée à tort à un destin inévitable lié à l’âge. Ce que la science sait aujourd’hui change la donne : la cataracte se traite et peut même, dans certains cas, se prévenir en partie.

Un voile qui s’installe, sans qu’on le voie venir

La cataracte, c’est l’opacification du cristallin, cette lentille naturelle située à l’intérieur de l’œil qui assure la mise au point visuelle. Normalement transparent, le cristallin peut, avec l’âge, se troubler progressivement, comme un verre qui se couvre de buée de l’intérieur. Le patient voit d’abord moins bien de loin, puis la vision de près finit par se dégrader aussi. Des halos autour des lumières la nuit, une sensibilité accrue à l’éblouissement, une perception des couleurs qui jaunit peu à peu : la cataracte s’installe en silence, sans douleur, sans rougeur.

Le plus souvent, c’est un proche qui le remarque en premier, ou un ophtalmologiste lors d’un bilan de routine. Le patient lui, s’est adapté sans s’en rendre compte, multipliant les changements de lunettes, évitant de conduire de nuit, renonçant progressivement à certaines activités. Ce glissement insidieux est l’une des caractéristiques les plus trompeuses de cette pathologie.

En France, elle touche environ 20 % de la population dès 65 ans, et plus de 60 % des personnes de plus de 85 ans. Avec le vieillissement de la population, ce chiffre est en augmentation constante. Et la prise en charge, elle, n’a jamais été aussi efficace !

Ce que personne ne vous dit sur les risques réels

Le diabète, facteur aggravant méconnu

Si l’âge est la principale cause de cataracte, il serait réducteur de s’en tenir là. Le diabète multiplie par deux à quatre le risque de développer une cataracte (un risque pouvant atteindre cinq fois dans la tranche 45-54 ans), et favorise une forme particulièrement agressive, dite « diabétique », qui peut apparaître un âge nettement plus jeune. Environ un patient diabétique sur quatre subira une chirurgie de la cataracte dans les dix ans suivant son diagnostic.

Le mécanisme est biologique : l’excès de sucre dans le sang provoque une accumulation de sorbitol dans le cristallin, qui le détériore de l’intérieur. L’inactivité physique aggrave encore la situation en favorisant cette hyperglycémie chronique. La cataracte diabétique n’est donc pas une fatalité : une glycémie bien contrôlée et une activité physique régulière constituent une protection réelle.

Les corticoïdes et les écrans : deux risques sous-estimés

La corticothérapie au long cours, qu’elle soit locale (collyres) ou générale (comprimés), est un facteur de risque bien établi, souvent ignoré des patients. Les personnes traitées pour des maladies inflammatoires chroniques, de l’asthme ou des pathologies auto-immunes, doivent en être informées et bénéficier d’un suivi ophtalmologique régulier.

Autre facteur plus récent, l’exposition aux rayonnements ultraviolets. Des études épidémiologiques ont confirmé le lien entre exposition cumulée au soleil et risque de cataracte corticale, la forme qui touche les couches extérieures du cristallin. Porter des lunettes de soleil de qualité avec protection UV est une mesure simple, peu coûteuse, et scientifiquement validée pour réduire ce risque. La myopie forte, le tabagisme et l’obésité sont également des facteurs de risque indépendants.

Une chirurgie banale ? Pas tout à fait

La chirurgie de la cataracte est l’intervention la plus pratiquée en France. Elle est le plus souvent réalisée en ambulatoire, sous anesthésie locale par collyre, et dure généralement entre 10 et 20 minutes. Le principe est simple : le cristallin devenu opaque est retiré, puis remplacé par un implant artificiel calculé sur mesure pour l’œil du patient. C’est cette intervention qui permet de retrouver une vision plus nette lorsque la cataracte gêne réellement le quotidien.

Mais fréquente ne veut pas dire anodine. Même si les résultats sont excellents dans la grande majorité des cas, la chirurgie de la cataracte reste une opération. Certaines complications sont rares, mais doivent être connues. Une douleur importante, un œil rouge ou une baisse de vision dans les jours qui suivent l’intervention doivent conduire à consulter immédiatement, car une infection intraoculaire, appelée endophtalmie, doit être prise en charge en urgence.

À plus long terme, certains patients peuvent aussi développer ce que l’on appelle une cataracte secondaire : la capsule qui entoure l’implant s’opacifie progressivement, donnant à nouveau une impression de vision trouble. Ce phénomène est fréquent, mais il se traite en quelques minutes au laser.

Dans la grande majorité des cas, la récupération visuelle est rapide, parfois spectaculaire dès le lendemain. Les patients décrivent souvent des couleurs plus vives, des contrastes plus nets, une lumière retrouvée. Beaucoup réalisent alors que leur vision s’était dégradée lentement, presque sans qu’ils s’en aperçoivent.

La décision d’opérer ne repose pas seulement sur un chiffre d’acuité visuelle, mais sur la gêne réelle dans la vie quotidienne : conduire, lire, reconnaître les visages, travailler ou pratiquer une activité importante pour soi. Attendre trop longtemps n’est pas forcément préférable, car une cataracte très avancée peut rendre l’intervention plus complexe.

La cataracte n’est donc pas une fatalité silencieuse. Elle se dépiste, se surveille et se traite très bien. Consulter dès les premiers signes, protéger ses yeux du soleil et surveiller sa glycémie font partie des gestes simples qui peuvent améliorer la prise en charge. Et lorsque l’opération devient nécessaire, l’essentiel est de ne pas la repousser par peur ou par manque d’information.

Photos : Karola G - Shvets Production

Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.

Dans le numéro 7

Juillet 2026

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