Maladie de Lyme : Si les vraies réponses n'étaient pas là où on les cherche ? (le rôle majeur du terrain intestinal)

Elle est souvent résumée à une simple piqûre de tique, comme si tout pouvait s'expliquer par un événement isolé et clairement identifié. Pourtant, la maladie de Lyme chronique raconte une histoire infiniment plus complexe. Elle révèle un terrain biologique fragilisé, un système immunitaire débordé, un intestin qui ne joue plus son rôle de barrière protectrice, et un corps devenu le théâtre d'un déséquilibre profond.

Ancienne pilote de ligne, commandant de bord, devenue instructrice chez Air France, Judith Albertat vit avec la maladie de Lyme depuis plus de vingt ans. Après une longue errance médicale, elle a entrepris un travail de recherche approfondi pour décrypter les mécanismes réels de cette pathologie. En croisant données scientifiques, expériences cliniques et observations de terrain, elle est parvenue à une conclusion qui bouscule les idées reçues : la maladie de Lyme ne se résume pas à une bactérie, elle révèle avant tout un déséquilibre du terrain, et plus précisément un intestin qui ne remplit plus son rôle de bouclier immunitaire. Rencontre avec une femme qui a transformé son combat personnel en expertise.

Lyme, bien plus qu'une piqûre de tique

Quand on évoque la maladie de Lyme, l'image qui surgit spontanément est celle d'une tique accrochée à la peau après une promenade en forêt. Le raccourci est tentant, mais il est trompeur. Réduire Lyme à une piqûre, c'est passer à côté de l'essentiel.

Lyme, bien plus qu'une piqûre de tique

La borrelia, la bactérie identifiée comme responsable de la borréliose de Lyme, n'est qu'une pièce du puzzle. « La borréliose de Lyme, ce n'est pas la maladie de Lyme », résume Judith Albertat. La borréliose désigne l'infection par la bactérie elle-même. La maladie de Lyme, elle, englobe un tableau bien plus vaste : la borrelia, mais aussi de nombreuses co-infections, bartonella, ehrlichia, babesia, et surtout un terrain biologique qui a basculé.

Car la tique n'est qu'un vecteur parmi d'autres. Tous les insectes hématophage, ceux qui piquent et se nourrissent de sang, peuvent transmettre des pathogènes variés. Plus troublant encore : la transmission peut être transgénérationnelle, de la mère au fœtus, comme l'ont documenté plusieurs chercheurs dans le domaine de l'autisme et des maladies chroniques.

Judith Albertat aime rappeler une observation simple mais décisive. Un homme de 95 ans, dans les Pyrénées, lui a confié ceci : il y a quatre-vingts ans, les gens revenaient de la montagne couverts de tiques. Ils les retiraient et reprenaient leur journée. Personne ne tombait malade, ou presque. Alors qu'est-ce qui a changé entre cette époque et la nôtre ? Pas les tiques ! Même si certains travaux menés pendant et après la Seconde Guerre mondiale ont cherché à en faire une arme bactériologique, ce qui a changé, ce n'est pas la borrelia… C'est le terrain.

Des symptômes protéiformes, un diagnostic qui se dérobe

La maladie de Lyme peut produire jusqu'à deux ou trois cents symptômes différents. Neurologiques, musculaires, articulaires, osseux, cognitifs, aucun système n'est épargné. Cette diversité rend le diagnostic particulièrement difficile et alimente une errance médicale que connaissent la grande majorité des malades.

Judith Albertat l'a vécue de l'intérieur : 37 consultations en dix mois avant d'identifier sa maladie en 2012. Des médecins oscillant entre perplexité et déni. Une orientation vers la psychiatrie, alors que le psychiatre lui-même a été catégorique : aucun trouble psychique, mais quelque chose qu'il ne connaissait pas. Ce parcours, elle le décrit comme « très banal » pour les malades de Lyme. C'est une réalité que des milliers de patients vivent encore aujourd'hui, coincés entre l'incompréhension du corps médical et une lecture trop étroite, centrée uniquement sur la sérologie et l'antibiothérapie de courte durée.

L'intestin, épicentre silencieux de la maladie

C'est probablement le point le plus éclairant, et le plus sous-estimé, dans la compréhension de la maladie de Lyme chronique : elle est indissociable de l'état de l'intestin. Pas comme un facteur secondaire. Comme le point de départ.

Le microbiote intestinal, cet écosystème de milliards de micro-organismes qui peuplent notre tube digestif, est censé fonctionner comme un équilibre finement régulé. En principe, quand tout est en équilibre, il n’y a pas de bons ou de mauvais microbes: tous cohabitent, chacun sur son territoire, dans une relation de symbiose. Nous sommes des êtres « holobiontes » : des organismes qui vivent avec leurs microbes, et dont les microbes vivent avec eux. Pour le bien de tous. En temps normal, cet équilibre tient. Le système immunitaire veille. La paroi intestinale assure son rôle de barrière sélective. Et 80 % environ de notre immunité réside précisément dans cet intestin.

Mais notre mode de vie moderne a profondément déstabilisé ce système. Parmi les agresseurs majeurs, le glyphosate, principe actif du Roundup, occupe une place centrale. Présent dans l'air, dans les sols, dans les aliments que nous consommons, ce pesticide détruit la flore intestinale. Viennent s'y ajouter les antibiothérapies répétées, administrées de plus en plus tôt dans la vie, les toxiques environnementaux, les vaccins, les perturbateurs endocriniens, et une alimentation industrielle chargée en additifs.

Le résultat, c'est ce qu'on appelle une dysbiose : un déséquilibre profond du microbiote. Les bons microbes reculent. La nature ayant horreur du vide, d'autres prolifèrent à leur place, dont les champignons, levures, moisissures. Et parmi eux, un champion toutes catégories : le candida.

Le candida, l'ennemi numéro un

C'est l'une des convictions les plus fortes qui ressort des recherches sur Lyme et le terrain intestinal : l'ennemi principal n'est pas la borrelia. C'est le candida. L'Organisation mondiale de la santé estime que 80 % de la population mondiale est touchée par une candidose chronique, voire systémique — ce qui en fait un cas de préoccupation majeur dans le champ des maladies chroniques.

Le candida (albicans) et ses nombreuses souches ( albicans, crusei, auris, parapsilosis…) possèdent une caractéristique redoutable : ils maintiennent autour d'eux un milieu extrêmement acide, avec un pH de l'ordre de 2,7 à 2,8, un fait confirmé par les travaux de la mycologue Audrey Dussutour dans son ouvrage Les champignons de l'apocalypse. Cette acidité crée un environnement favorable à leur propre développement, mais aussi à l'expression de Lyme et de ses co-infections. Le corps bascule dans une acidose chronique qui entretient le cercle vicieux.

Plus pernicieux encore : ces champignons forment des biofilms, des structures protectrices à l'intérieur desquelles ils s'allient avec d'autres pathogènes, y compris la borrelia. Des alliances inter-règnes, contre-nature, où bactéries et champignons coopèrent pour résister aux traitements. Et les médicaments antifongiques classiques se révèlent souvent insuffisants : ils s'attaquent à la surface du champignon, mais celui-ci continue de développer ses filaments en profondeur dans les tissus.

Parallèlement, le candida séquestre le glutathion, cette molécule essentielle que notre corps fabrique pour détoxifier. Privé de glutathion, l'organisme ne peut plus éliminer les toxiques accumulés. Le piège se referme.

Parasites et toxiques : les complices du chaos

Dans un intestin dysbiotique, les parasites trouvent eux aussi un terrain propice pour s’exprimer bien au-delà de la normale. Comme le souligne le professeur Imbert dans ses travaux sur les parasitoses, mais aussi le Dr Steven Gundry, cardiologue de renom, c'est la dysbiose elle-même qui leur ouvre la porte : dans un intestin équilibré, on cohabite avec ses parasites sans dommage. Dans un intestin déséquilibré, ils deviennent un facteur aggravant qu'il faudra aussi traiter — sans pour autant oublier que c'est la réparation de la dysbiose qui permettra de les contrôler durablement.

De leur côté, les toxiques environnementaux jouent le rôle de « spams » entre les cellules, selon l'image utilisée par le professeur Gilles-Éric Séralini : ils bloquent la communication intercellulaire. Quand une cellule émet une information mais que le récepteur ne la reçoit pas parce que des polluants font écran, la physiologie entière se dérègle. Ce mécanisme contribue à l'expression de nombreuses pathologies chroniques, bien au-delà de la seule maladie de Lyme.

La bouche, porte d'entrée oubliée

Un point que peu de patients soupçonnent concerne la sphère bucco-dentaire. L'intestin ne commence pas au ventre. Il commence dans la bouche. Le tube digestif est un tout, et ce qui se joue au niveau des dents et des gencives a des répercussions directes sur l'ensemble du système.

Les infections bucco-dentaires non traitées, dents dévitalisées, plaque dentaire, infections gingivales, constituent une source permanente de bactéries pathogènes. Ces bactéries descendent dans le tube digestif par la salive, perturbant la flore intestinale, et peuvent aussi passer dans le flux sanguin, générant des inflammations systémiques pouvant aller jusqu'à des complications cardiaques.

Un phénomène encore largement méconnu mérite une attention particulière : les NICOs (névralgies internes, cavitation et ostéonécrose). Lorsqu'une dent est dévitalisée, sa racine reste dans la mâchoire. Or, si l'on faisait la même chose ailleurs dans le corps, laisser un tissu mort en place, le risque de septicémie serait immédiat. Dans la mâchoire, cette racine peut se dégrader silencieusement et devenir le siège d'infections bactériennes anaérobies. Ces infections peuvent ronger l'os et se propager dans l'organisme, contribuant notamment aux maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI).

Le message est clair : tant que la sphère dentaire n'est pas assainie, les réformes alimentaires les plus rigoureuses risquent d'être insuffisantes. Quelle que soit la qualité du protocole nutritionnel, si la bouche envoie en permanence des bactéries pathogènes dans le système, c'est un combat perdu d'avance.

Reconstruire le terrain : les clés nutritionnelles

Affamer la flore pathogène

Si l'intestin est le point de départ du problème, c'est aussi par lui que passe la solution. Et la première arme, c'est l'alimentation. Le principe directeur est simple à énoncer, complexe à appliquer : il faut cesser de nourrir la flore pathogène.

Le candida et les moisissures se nourrissent de sucre, pas seulement le sucre de table, mais tous les hydrates de carbone : céréales, légumineuses, fruits, amidon. Tant que l'on continue à leur fournir ce carburant, ils continuent de proliférer, de former des biofilms, de maintenir l'acidose et d'entretenir le chaos immunitaire.

Concrètement, cela signifie éliminer dans un premier temps toutes les céréales (y compris le riz), les fruits, les pommes de terre, et tous les aliments industriels sans exception. Le gluten est évincé, mais comme un élément parmi d'autres : toutes les céréales contiennent des lectines, ces protéines végétales qui, selon les travaux du cardiologue américain Steven Gundry, perforent la paroi intestinale et aggravent l'hyperperméabilité.

Attention aussi aux faux amis. Les produits « sans gluten » industriels, pâtes à pizza, galettes de riz soufflé, biscuits, remplacent le gluten par d'autres sources de sucre et de lectines. Ce sont des « plasti-aliments » : des leurres nutritionnels qui aggravent le problème en donnant l'illusion de le résoudre. On ne remplace pas un problème par un autre. On change de paradigme.

Ce qui nourrit et ce qui répare

L'approche repose sur des aliments bruts, non transformés, cuisinés maison. Des « aliments nus et crus », sans étiquette. Un poireau, une carotte, un navet, un morceau de viande issue d'un élevage respectueux — c'est-à-dire d'animaux nourris à l'herbe, élevés en plein air, sans traitements systématiques.

La viande, le poisson, les œufs (en particulier le jaune, véritable concentré de nutriments essentiels) forment la base de cette approche. Le Dr Natasha Campbell-McBride, spécialiste internationale de la réparation intestinale et autrice du Syndrome entéropsychologique, recommande au moins quatre à six jaunes d'œufs par jour — une préconisation partagée par plusieurs praticiens. La raison est limpide : un jaune d'œuf contient tout ce qu'il faut pour créer la vie. C'est une bombe nutritionnelle.

Le beurre clarifié, riche en acide butyrique et débarrassé de la caséine et du lactose, contribue à réparer la muqueuse intestinale. Le lait de coco apporte des triglycérides à chaîne moyenne, utiles dans la lutte contre la candidose. Et le bouillon d'os — fait maison, à partir de carcasses cuites longuement, constitue un véritable soin pour l'intestin, grâce à sa richesse en collagène et en minéraux. Une tasse par jour peut faire une différence mesurable. On ne parle évidemment pas du cube de bouillon du supermarché : aucun produit industriel n'a sa place dans cette démarche.

Les légumes sont présents, mais choisis avec soin : pauvres en lectines, en oxalates et en salicylates. Cuits plutôt que crus, car les fibres crues irritent un intestin fragilisé, comme du papier de verre sur une paroi déjà abîmée. Cuits dans l'eau pour réduire les oxalates, ou dans du bouillon d'os pour maximiser la digestibilité. La cuisson vapeur peut aussi convenir, en fonction des sensibilités.

Le jeûne intermittent, seize à dix-huit heures par jour, complète cette stratégie en offrant au microbiote une période de repos et de régénération. Pendant ce temps de pause, l'intestin travaille à se réparer au lieu de gérer en permanence ce qu'on lui envoie.

Photos : Polina Tankilevitch, Erik Karits, Pavel Danilyuk

Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.

Dans le numéro 4

Avril 2026

Le numéro
ÉditoComprendre. Nourrir. Guérir.C'est la question qui traverse ce numéro de part en part. Qu'il s'agisse de la maladie de Lyme, de nos déséquilibres digestifs, de notre fatigue chronique ou de ce mal-être profond que la médecine ne sait pas toujours expliquer, une même conclusion revient : le problème n'est presque jamais là où on croit.2 min de lectureAlimentation & nutritionAyurveda : comprendre ses déséquilibres pour retrouver l'équilibreMarine Le Gouvello8 min de lecturePlantesCitronCITRON : VOTRE ALLIÉ DÉTOX ET VITALITÉ DU PRINTEMPS2 min de lectureSanté intégrativeLe check-up à faire absolument à 45 ans (et ce que votre médecin oublie de prescrire)Dr Michel Mouly8 min de lectureSanté mentaleLes crises d'angoisse et de panique, c'est fini !Christophe Tissier6 min de lectureMaladie & guérisonAllergies : pourquoi elles explosent et comment enfin s'en débarrasserLe printemps est là, et avec lui son cortège habituel : yeux rouges, nez en cascade, éternuements en série dans les transports. Il y a encore quelques décennies, on appelait ça le "rhume des foins" et on haussait les épaules. Aujourd'hui, c'est devenu une réalité quotidienne pour des millions de personnes, et pas seulement au printemps. Allergie au gluten, aux poils de chat, aux acariens, aux cacahuètes, au latex, au nickel de sa propre bague de fiançailles… La liste s'allonge, les cas se multiplient, et l'on se retrouve toutes à connaître autour de nous plusieurs personnes allergiques là où on en connaissait à peine une il y a vingt ans.7 min de lectureThérapies naturellesComment réguler son sommeil grâce aux thérapies naturellesLe sommeil n'est pas une fonction passive. Il se construit, se prépare, se nourrit, et quand il déraille, c'est souvent le signe que quelque chose, en amont, a été négligé. Avant de chercher une solution dans une boîte de médicaments, il existe des approches naturelles, validées par la recherche et éprouvées par des millénaires de pratiques humaines, qui permettent de retrouver des nuits profondes sans dépendance ni effets secondaires. Le tout est de comprendre comment le corps fonctionne, et de lui redonner les conditions dont il a besoin.5 min de lecture

En vidéo

avec Judith Albertat, et sur le même sujet