Le check-up à faire absolument à 45 ans (et ce que votre médecin oublie de prescrire)


Vous approchez de 45 ans, ou vous venez de les dépasser. Vous vous sentez fatiguée, moins tonique qu'avant, votre sommeil n'est plus aussi réparateur. Votre médecin vous prescrit des analyses de routine – cholestérol, glycémie…. mais il manque quelque chose d'essentiel. Un pan entier de votre santé reste dans l'ombre.

Le Dr Michel MOULY, chirurgien gynécologue et cancérologue depuis plus de 30 ans, lève le voile sur un constat alarmant : "Les médecins ne reçoivent que peu de formation sur la ménopause et les hormones durant toutes leurs études. Résultat ? Ils ne savent pas ce qu'il faut chercher, ni comment interpréter les résultats du bilan hormonal pour prendre en charge les femmes .
Pourquoi 45 ans change tout ?

Le basculement métabolique invisible
À partir de 45 ans, vous entrez dans ce que le Dr Mouly appelle la DOLA – la Déficience Œstrogénique Liée à l'Âge. Un tournant physiologique qu’est la périménopause Elle peut s’accompagner de troubles du cycle (règles irrégulières), des ménorragies (règles abondantes) et des mastodynies (douleurs mammaires ) avant l’arrêt définitif des règles .Ce changement hormonal est aussi important que la puberté, mais infiniment moins accompagné médicalement. "C'est comme si vous aviez un diabète avec une perte d'insuline, ou une hypothyroïdie avec une perte d'hormones thyroïdiennes. Qu'est-ce que vous feriez ? Vous prendriez un traitement", explique-t-il sans détour.
Pourtant, la majorité des femmes traversent cette transition sans bilan hormonal adapté, sans examen de référence, en subissant des troubles du cycle et des symptômes qu'on attribue au stress, à la dépression ou au simple vieillissement. Entre 45 et 50 ans, 60 à 70 % des consultations chez le médecin généraliste concernent des femmes qui souffrent de pathologies directement liées aux perturbations hormonales en l'absence de traitement adapté.
C'est à cet âge que votre métabolisme de base bascule. "Une femme consomme environ 2 000 kilocalories par jour. À partir de 45 ans, ce métabolisme se ralentit et passe à 1 800", explique le Dr Mouly. 200 calories perdues chaque jour. Cela semble dérisoire ? "C'est 20 chips, un petit avocat, un morceau de fromage, ou deux tranches de pain complet. Ce n'est pas grand-chose dans l'alimentation, mais ces 200 kilocalories en plus par jour correspondent à 40 jours d'alimentation stockés et non brûlés." Autrement dit, votre organisme fonctionne comme s'il devait gérer 405 jours d'énergie sur une année de 365 jours. Sans changement d'habitudes, ce surplus finit mécaniquement par s'installer… sous forme de réserves. D'où l'importance d'un rééquilibrage alimentaire associé à une activité physique régulière.
C'est aussi l'âge où commencent les variations hormonales. La progestérone baisse, les œstrogènes font des montagnes russes et certaines femmes voient déjà leur testostérone décroître. "C'est le moment de rechercher des signes qui font qu'il faut déjà la suppléer avec un traitement hormonal", insiste le spécialiste.

Les facteurs aggravants que vous pouvez contrôler
Le tabac est le seul toxique qui réduit l'activité des ovaires et peut provoquer une ménopause précoce, environ un an et demi avant la date normale. Il augmente le risque d'accident vasculaire et de cancer. Si vous fumez encore, c'est maintenant qu'il faut décrocher.
Le stress chronique fait augmenter votre cortisol qui détruit progressivement vos protéines, vos os et votre équilibre glycémique. Pire : "Quand votre cortisol augmente, vous faites baisser votre mélatonine", l'hormone du sommeil qui décroît déjà naturellement. Résultat : une femme stressée qui ne dort pas devient une femme fatiguée, qui glisse vers la dépression.
Les examens essentiels que personne ne vous prescrit
Le bilan sanguin complet (celui qu'on ne vous propose jamais)
- Les dosages hormonaux
– FSH : quand cette hormone du cerveau augmente, elle signale que vos ovaires commencent à faiblir, même si vous avez encore des règles
– Œstradiol : pour mesurer précisément où vous en êtes dans votre décroissance hormonale
– Testostérone totale : influence votre désir sexuel, votre énergie et votre tonicité musculaire
– SHBG : permet de calculer la testostérone réellement disponible
"Mes collègues disent que les dosages hormonaux ne servent à rien. En réalité, c'est parce qu'ils ne savent pas les interpréter", déplore le Dr Mouly.
– Le dosage thyroïdien (TSH) : à 50 ans, 15 à 20 % des femmes développent une hypothyroïdie qui amplifie tous les symptômes de la ménopause.
– Le cortisol : l'hormone du stress, dont l'excès chronique accélère la perte osseuse, le stockage des graisses et perturbe le sommeil.
– Le cholestérol et le sucre : pas pour les faire baisser à tout prix, mais pour vérifier si vous présentez des fragilités métaboliques. Contrairement aux idées reçues, le cholestérol est essentiel : 25 % de votre cholestérol se trouve dans votre cerveau, où il protège vos neurones et participe à la fabrication de vos hormones.
– La vitamine D (même si elle n'est plus remboursée) : "Erreur", s'insurge le Dr Mouly face à cette décision administrative. Plus de 76 % des femmes au-delà de 58-60 ans sont carencées en vitamine D. Or cette pro-hormone joue un rôle fondamental sur le cœur, les os et l'immunité. Elle est fabriquée à partir du cholestérol – encore une raison de ne pas le faire baisser excessivement.
L'examen que tout le monde oublie : la densitométrie osseuse
Cet examen est actuellement remboursé par la Sécurité sociale... à 65 ans. "Beaucoup trop tard", martèle le Dr Mouly. "À cet âge-là, les dégâts sont déjà faits. Moi, je fais une densitométrie osseuse systématiquement à 50 ans."
Cet examen non invasif, qui coûte moins de 40 euros, est une véritable mine d'informations. Il mesure votre densité osseuse, c'est-à-dire votre taux de calcification osseuse, directement sous l'influence des œstrogènes.
La densitométrie osseuse permet d'évaluer le risque ostéoporotique de la femme et donc son risque ultérieur de fracture. Cet examen permet aussi une vision plus globale de la santé et des risques : risque cardiovasculaire : la perte osseuse précoce est un marqueur de fragilité vasculaire – risque cérébral et cognitif : la protection neuronale dépend directement des œstrogènes – risque de cancer du sein : lorsqu'on sait interpréter finement les résultats
"Cet examen me permet de savoir comment la femme était avant et d'adapter précisément mon traitement", précise le spécialiste. Il constitue un point de référence indispensable pour suivre l'évolution sur les années à venir.
La mammographie : un préalable incontournable
Avant d'envisager tout traitement hormonal, la mammographie est indispensable. C'est un examen de base qui permet de poser un diagnostic clair et de traiter en toute sécurité.
Ce que révèlent vraiment vos symptômes
Votre corps vous parle, mais personne ne traduit le message. Le Dr Mouly décode :
– Les suées nocturnes ne sont pas qu'un désagrément. Elles traduisent une hypoglycémie nocturne silencieuse et sont prémonitoires du diabète de type 2.
– Les bouffées de chaleur, surtout lorsqu'elles sont précoces et persistantes, augmentent le risque cardiovasculaire de 70 %. "On n'attend pas les bouffées de chaleur comme on attend l'infarctus pour arrêter de fumer", insiste le spécialiste.
– Les douleurs articulaires annoncent un risque accru d'ostéoporose.
– Le gonflement, cette sensation de rétention d'eau, signale un risque de thrombose.
– Le brouillard cérébral, ces troubles de mémoire et de concentration qu'on attribue au surmenage, traduit la déficience en œstrogènes qui protègent normalement vos neurones.
Et attention : même si vous faites partie des 10 à 20 % de femmes qui n'ont pas de bouffées de chaleur, vous n'êtes pas épargnée. "Elles disent : moi, la ménopause, il n'y a pas de problème. Je vais leur rappeler qu'il y a au moins 34 à 35 symptômes qu'elles ignorent. Ce n'est pas parce qu'elles n'ont pas de bouffées de chaleur qu'elles n'ont pas cette déficience en œstrogènes", alerte le Dr Mouly.
Comment agir dès maintenant
Pourquoi ce bilan change tout
"Pour tracer une droite, il faut deux points", rappelle le Dr Mouly. Un bilan à 45 ans constitue votre référence personnelle. Cinq ans plus tard, le nouveau bilan permettra de voir précisément ce qui a baissé et de vous suppléer exactement là où c'est nécessaire.
Sans ce point de référence, on agit à l'aveugle : des antidépresseurs pour une carence hormonale, des somnifères pour un déséquilibre œstrogénique, des statines qui aggravent les troubles cognitifs.
Le coût de l'ignorance
L'ostéoporose coûtera 6,4 milliards d'euros en 2030. Le diabète : 8,2 milliards. Les maladies cardiovasculaires : 18 milliards. Une femme sur trois à partir de 50 ans fera une fracture ostéoporotique. Une sur deux décédera dans les trois ans. Un tiers restera impotent. "On pourrait éviter ça. Le traitement hormonal, l'activité physique et la bonne alimentation sont les meilleurs éléments de prévention."
Demandez explicitement ce bilan à votre médecin
Votre généraliste peut prescrire tous ces examens. S'il hésite, expliquez-lui que vous souhaitez établir un bilan de référence pour suivre l'évolution de votre santé hormonale. Montrez-lui que vous êtes informée.
Le problème ? En France, 12 départements sont sans gynécologue. 93 % des gynécologues ont plus de 60 ans. Face à cette pénurie, il faut parfois attendre 6 mois, 1 an, voire 18 mois pour une première consultation. "J'ai dit j'ai honte. Je trouve anormal de laisser des femmes en souffrance pendant toute cette période", déplore le Dr Mouly, qui a décidé de ne plus prendre de rendez-vous au-delà de 6 mois.
La solution ? Former massivement les sages-femmes (28 000 en France, dont 8 000 en libéral), les médecins généralistes, même les pharmaciens et kinésithérapeutes, pour qu'ils sachent informer sur les symptômes et orienter correctement.
Les gestes concrets à poser maintenant
- Insistez sur la densitométrie avant 65 ans. Même non remboursée, son coût reste modeste au regard des informations qu'elle apporte. Conservez précieusement vos résultats. Ces données constituent votre carte d'identité hormonale !
- Considérez l'hypnose : elle réduit de 75 % la fréquence des bouffées de chaleur. Ce n'est pas un placebo, c'est une technique validée scientifiquement.
- Travaillez vos muscles clés : quadriceps, fessiers et triceps. "Le triceps lutte contre le diabète de type 2. Ça a été démontré", rappelle le Dr Mouly. Sans protéines dans votre alimentation, impossible de fabriquer du muscle. À 45 ans, cette équation alimentation-mouvement devient votre meilleure assurance santé.
- Renseignez-vous sur le traitement hormonal à la française. Contrairement aux protocoles américains, le traitement hormonal tel qu'il est prescrit en France ne se contente pas de soulager les symptômes de la périménopause : il protège aussi la santé osseuse, cardiovasculaire, sexuelle et cognitive. Et il est remboursé.
L'information auprès d'un professionnel de santé compétent reste votre meilleur outil. 60 à 70 % des femmes entre 45 et 50 ans consultent pour des pathologies qu'on aurait pu prévenir. Vous faites partie de la génération qui peut changer la donne. Celle qui refuse de subir en silence. Celle qui exige un suivi médical à la hauteur de sa longévité, les femmes qui naissent aujourd'hui ont une espérance de vie supérieure à 90 ans.
"L'objectif serait d'entrer dans les EHPAD vers 80-85 ans en bonne santé, pas en mauvaise santé", conclut le spécialiste. Tout commence par ce bilan à 45 ans. Celui qu'on devrait toutes faire, et que trop peu obtiennent encore.
Le Dr Michel Mouly est l'auteur de "Ménopause, ne souffrez plus en silence" et "Hormones, la vie commence à 50 ans". Il milite pour une meilleure information et formation sur la santé hormonale des femmes.
Photos : Shvets Production, National Cancer Institute
Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.














En vidéo
avec Dr Michel Mouly, et sur le même sujet














