Cancer, un pas vers soi

À 37 ans, Nelly Quil reçoit un diagnostic de cancer du foie. Deux enfants en bas âge, une carrière d'assistante sociale, une vie qui coche toutes les cases. Et pourtant, quelque chose s'est brisé bien avant le diagnostic. Ce que Nelly comprend dans les mois qui suivent va transformer sa vie, son corps, et finalement sa vocation : la maladie n'est pas un ennemi. C'est un messager.

Quand le corps prend la parole

Le cancer du foie… ou du manque de foi

Les jeux de mots ont parfois un sens bien plus profond qu’il n’y paraît. Ils révèlent une réalité que l’on aurait préféré ne pas voir. Nelly Quil en porte un depuis trente ans : « Un cancer du foie, un cancer du manque de foi, justement… du manque de confiance en soi. » Derrière la formule se cache une histoire bien plus lourde. À 37 ans, elle semble pourtant tout avoir : un mari, une maison, des enfants, un travail qu’elle aime. Elle a coché toutes les cases qu’on lui avait demandé de cocher. Et pourtant, elle n’est pas heureuse. Il lui manque cette joie profonde et pétillante qu’elle cherche depuis l’enfance.

Ce qu'elle comprend rétrospectivement, c'est qu'elle avait lâché la vie. Pas de manière consciente, pas du jour au lendemain. Progressivement, à force de s'occuper des autres sans jamais se retourner vers elle-même. L'assistante sociale qui accompagne, qui aide, qui écoute. Mais qui ne s'applique rien à elle-même. Le corps, lui, a fini par en prendre acte !

La maladie comme signal d'alarme

Psychothérapeute aujourd'hui, autrice du livre Oser guérir, Nelly Quil défend une conviction qui dérange encore : la maladie n'est pas une malchance ni une punition. C'est un signal. "La maladie, c'est le mal qui dit quelque chose. Et si on ne l'écoute pas, il va revenir." Par ici, par là, par le pied, par les yeux. Sous une autre forme, à un autre endroit. Parce que le message n'a pas été entendu.

Ce regard ne nie pas la médecine. Nelly est claire là-dessus : il faut se soigner, consulter, traiter. Mais soigner le corps sans soigner ce qui l'a conduit à la maladie, c'est traiter le symptôme sans toucher la cause. La psychoneuroimmunologie, qu'elle découvre deux mois après son diagnostic, lui offre le cadre scientifique pour comprendre ce qu'elle pressentait : nos pensées, nos émotions et notre système immunitaire forment un système unique, interconnecté. Ce que nous vivons intérieurement laisse une empreinte dans notre biologie.

Les bénéfices secrets de la maladie

Ce que le diagnostic a autorisé

C'est l'un des points les plus déstabilisants de ce que partage Nelly Quil, et probablement l'un des plus utiles. Elle avait, dit-elle, dix bénéfices secondaires à avoir un cancer du foie. Dix raisons inconscientes pour lesquelles une partie d'elle avait besoin de tomber malade pour enfin vivre ce qu'elle n'osait pas s'autoriser.

Arrêter de travailler après dix-huit ans d'un métier épuisant. Faire du yoga quotidien, de la méditation, de la visualisation. Partir dans la nature. Recevoir de l'amour de son entourage. Se mettre à peindre. Découvrir sa spiritualité. S'accorder du temps, enfin, pour se demander qui elle était vraiment. Autant de portes que la maladie lui a ouvertes parce qu'elle n'avait pas trouvé d'autre façon de les franchir.

Depuis vingt-cinq ans, Nelly Quil observe le même phénomène dès la première séance. Lorsqu’elle demande aux personnes gravement malades ce qu’elles attendent de cet accompagnement, plus de 90 % ne répondent pas qu’elles souhaitent guérir. Elles disent vouloir aller mieux, avoir moins mal ou apaiser leurs relations avec leur conjoint ou leurs enfants. « Elles parlent rarement de guérison, alors même que la maladie a envahi leur corps. » Commence alors un travail de conscience destiné à les ramener à elles-mêmes, afin qu’elles puissent reconnaître et exprimer leur propre désir de guérison, si tel est leur choix.

La peur de guérir, un angle mort méconnu

C'est peut-être le paradoxe le plus difficile à entendre. Nelly Quil le raconte avec une honnêteté rare : quand le médecin lui dit que son diagnostic est peut-être erroné, qu'il faudra attendre confirmation de Toulouse et Paris, elle ressent non pas du soulagement, mais de la déception. Et ce moment de lucidité, cette conscience soudaine de ce qu'elle ressentait vraiment, devient le point de bascule.

"Si je suis capable de me mettre mal juste pour un mot, juste pour un diagnostic, je suis capable d'aller bien si je le décide." Elle n'a pas encore fait de formation, pas encore lu les bons livres. Mais elle a compris quelque chose d'essentiel sur la puissance des pensées, et elle choisit de basculer de l'autre côté.

Transmuter : comment on transforme une épreuve en chemin

Pensées, émotions, blessures d'enfance

Nelly Quil travaille avec trois niveaux : le corps, les émotions, les pensées. Et elle insiste sur ce dernier point, souvent négligé. Nous avons 66 000 pensées par jour, rappelle-t-elle. La majorité sont nocives, et nous n'en sommes pas conscients. Accueillir ses émotions est utile, mais insuffisant. Le robinet à changer, c'est au niveau de la pensée qu'il se trouve.

Le travail sur les blessures d'enfance, au travers notamment du travail sur l'enfant intérieur et des constellations familiales, permet de remonter à l'origine des schémas répétitifs. Chaque blessure primaire, abandon, rejet, humiliation, trahison, injustice, génère une réaction automatique qui traverse les années et finit par s'inscrire dans le corps. Guérir, c'est aller soigner ces couches-là, une à une, accompagnée.

Décider de guérir, et savoir pourquoi

La phrase que Nelly propose à toutes les personnes qu'elle accompagne est simple, mais elle ne l'est qu'en apparence. "Je m'engage maintenant à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour guérir." La prononcer vraiment, l'entendre, la répéter jusqu'à ce qu'elle descende du mental vers le corps, c'est déjà un acte thérapeutique. Et la deuxième question, la plus décisive : pourquoi vouloir guérir ? Pour qui ? Pour quoi ?

Nelly a voulu guérir d'abord pour ses enfants. Puis, plus tard, pour elle-même, et pour sa mission : co-créer un monde où la paix, l'amour et la joie ne sont pas des idéaux lointains mais une pratique quotidienne. La guérison du corps passe par là aussi : retrouver un sens, un élan, une raison de rester sur Terre qui soit la sienne, pas celle que les autres ont choisie pour elle.

Le cancer peut être la rupture la plus brutale, ou le pas le plus décisif. Ce que Nelly Quil a traversé ne s'enseigne pas dans les manuels de médecine. Mais cela se vit, cela se transmet, et cela commence toujours au même endroit : en soi.

Nelly Quil est psychothérapeute holistique et autrice de Oser guérir. Elle accompagne depuis plus de vingt-cinq ans celles et ceux qui souhaitent se reconnecter à eux-mêmes et oser être qui ils sont. Retrouvez son travail sur son site www.oser-etre-soi.fr.

Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.

Dans le numéro 10

Octobre 2026

Le numéro
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