Guérir autrement : Et si d’autres voies étaient possibles ?


Paralysie, sclérose en plaques, cancer, douleurs chroniques, burnout… Des diagnostics sans appel, des pronostics sombres. Et pourtant, quelque chose s'est produit. Sandrine Chopin, journaliste et co-autrice de Guérir autrement, a passé plus d'un an à recueillir les témoignages de personnes qui ont déjoué l'impossible. Ce qu'elle a découvert bouleverse notre vision de la maladie, du corps et de la guérison.

Ce que la médecine n’explore pas suffisamment

La maladie comme expression d'un déséquilibre
Il y a ce que la médecine traite : le symptôme, la pathologie, le protocole. Et il y a ce qu'elle ne regarde pas : la personne derrière le dossier, son histoire, ses émotions, ses traumas enfouis, ce qu'elle n'a pas pu dire ou qu'elle n'a pas osé vivre ? Trop souvent, ce territoire reste en dehors du champ de soin.
C'est ce constat, fait au fil des années, qui a conduit Sandrine Chopin à co-écrire Guérir autrement. "La médecine conventionnelle aborde la pathologie sous l'aspect physiologique. Or, un individu, c'est aussi plein d'autres choses. Il y a des phénomènes énergétiques, des vécus émotionnels, toutes ces dimensions au cœur de l'être humain qui sont importantes à prendre en compte." Ainsi, son discours n’est pas anti-médical. C'est un appel à l'élargissement du regard.
Ce que Sandrine Chopin a compris à travers ses rencontres et les recherches scientifiques menées par Miriam Gablier, c'est que la maladie n'arrive jamais par hasard. Elle est souvent l'expression d'un déséquilibre plus profond, d'une torsion entre ce qu'on vit et ce qu'on est vraiment. "Quand on a mal quelque part, qu'est-ce qui va mal dans ma vie à cet endroit-là ? Qu'est-ce que mon corps me dit ?" La question paraît simple. Elle est vertigineuse.
Ce regard n'exclut pas la biologie. Des facteurs génétiques, environnementaux, infectieux jouent évidemment un rôle. Mais la psycho-neuro-immunologie, discipline qui étudie les liens entre le système nerveux, le système immunitaire et les états psychiques, confirme ce que la médecine intégrative observe sur le terrain depuis des décennies : nos émotions non traitées, nos traumas non résolus, nos états intérieurs chroniques laissent une empreinte mesurable dans notre biologie. Le corps garde la trace de ce que l'esprit n'a pas pu digérer.
Le trauma enfoui dans les cellules
Parmi les sujets qui reviennent le plus souvent dans les témoignages recueillis par Sandrine Chopin, un se distingue : le trauma d'enfance ou transgénérationnel enkysté dans le corps, qui finit par se manifester sous forme de maladie des années, parfois des décennies plus tard. "La maladie est issue de quelque chose de physiologique parfois, mais aussi d'émotionnel, psychologique, traumatique. On remonte à la source et on regarde ce qui s'est passé dans la vie de la personne."
Ce qui rend ce mécanisme particulièrement difficile à détecter, c'est que la mémoire traumatique fonctionne souvent dans l'ombre. Le psychisme protège en effaçant, en minimisant, en déplaçant. L'événement est oublié ou jugé sans importance, mais son empreinte reste intacte dans les tissus, les muscles, les organes. C'est ce que les ostéopathes en somato-émotionnel observent quotidiennement dans leur pratique : un nœud physiologique qui répond à un nœud psychologique, et qui se dénoue quand la parole est enfin déposée et le trauma conscientisé.
Il y a aussi ce que Sandrine Chopin appelle la dissonance : une vie vécue à distance de soi-même. Un métier qui ne nous convient pas, des relations qui nous épuisent, une existence construite pour les autres plutôt que pour soi. "Le corps vient exprimer un déséquilibre de la façon dont on vit par rapport à qui on est profondément, de ce que l'on fait par rapport à ce que l'on veut." Quand le corps dit stop, il ne dysfonctionne pas. Il parle.
3 histoires, 3 regards sur l’avenir
Lionel et ses quarante ans de douleurs résolues grâce à la respiration holotropique
Lionel est sportif de haut niveau, chef d'entreprise, la cinquantaine. Depuis quarante ans, il souffre d'un mal de dos chronique et invalidant. Il a tout essayé : anti-inflammatoires, kinésithérapie, infiltrations. Rien n'y fait. La médecine ne trouve pas d'explication satisfaisante. Un jour, quelqu'un lui parle de respiration holotropique. Il y va à moitié convaincu, sans attendre grand-chose. La séance se passe dans un groupe, allongés sur des matelas, avec une musique et un rythme respiratoire soutenu conçu pour induire un état élargi de conscience. Lionel ne ressent d'abord rien. Il se dit qu'il a perdu son temps. Il lâche, attendant que ça se termine. Et c'est là que quelque chose d'inattendu se produit. Quelques minutes plus tard, il se retrouve en train de sucer son pouce en pleurant sur son tapis. Pas dans un rêve. Dans la réalité. Il vient de revivre, dans son corps d'adulte de cinquante-trois ans, une scène traumatique oubliée : la mort de sa sœur aînée quand il avait neuf ans, et les semaines qui ont suivi, quand ses parents l'ont installé seul dans la chambre du sous-sol, situation qu'il a vécue comme un abandon. Ce choc, cette peur d'enfant, s'était logé dans ses lombaires. Et il y était resté quarante ans. Quelques semaines après, Lionel refait du jogging. Du jardinage. Il n'a plus de douleur. "On soigne la pathologie, ça marche ou ça ne marche pas. Dans son cas, c'est parce qu'il va aller revivre une expérience traumatique et qu’ en mettant de la conscience dessus, quelque chose se passe. Le trauma émotionnel se libère." L'homéostasie, le rééquilibrage naturel du corps s'opère.
Sclérose en plaques, cancer, gangrène : quand l'impossible se produit
Lionel n’est pas le seul parcours hors norme raconté dans Guérir autrement. Sandrine y retrace également l’histoire d’un autre homme, Lionel Vernois.. À vingt ans, on lui diagnostique une sclérose en plaques. Au fil des années, son état se dégrade : il marche difficilement, ne parvient plus à tenir sa fourchette et chaque geste du quotidien lui demande un effort considérable. À une époque où ces approches sont encore peu connues, il explore différentes pratiques, parmi lesquelles l’hypnose, les micro-siestes et la danse des cinq rythmes. Il s’y consacre avec la discipline et la persévérance d’un sportif de haut niveau. Peu à peu, la progression de la maladie ralentit et ses symptômes régressent.
Aujourd’hui âgé de cinquante-cinq ans, Lionel Vernois marche normalement et exerce comme hypnothérapeute à Paris. Un rétablissement spectaculaire dont les mécanismes, regrette-t-il, n’ont jamais véritablement été étudiés par les médecins qui l’accompagnaient.
Marinella Banfi, elle, reçoit un diagnostic de cancer du sein. Plutôt que de suivre uniquement le traitement allopathique que son entourage attendait d'elle, elle suit son intuition jusqu’en Inde, où elle découvre la médecine ayurvédique. Sa rémission est telle que le Directeur de l'Institut Gustave Roussy de Villejuif, l'un des plus grands centres oncologiques d'Europe, prend l'avion avec elle pour aller comprendre sur place ce qui a pu l’ aider à guérir. Un pont entre deux mondes, construit par une patiente qui n'avait pas lâché sa petite voix intérieure.
Et puis il y a Phakyab Rinpoché Rinpoché est un titre et non un nom, c’est comme si on l’appelait « prêtre » ;), réfugié aux États-Unis, condamné à l'amputation du pied en raison d'une gangrène avancée. Les médecins sont unanimes : sans opération, la gangrène se propagera et il mourra. Il se tourne alors vers le Dalaï-Lama, qui lui répond simplement : "Tu as tout en toi." Pendant des semaines, il médite. Il met de la conscience dans son corps, dans la zone douloureuse. Contre toute attente médicale, la gangrène bat en retraite et se résorbe entièrement. "Là où aucun médecin ne laissait même une infime part de rétablissement possible, il s'en est sorti."
Ces histoires ne sont pas des miracles au sens mystique du terme. Ce sont des démonstrations de ce que Sandrine Chopin appelle l'intelligence du vivant : la capacité du corps, quand les bonnes conditions sont réunies, à se rééquilibrer de façon spectaculaire.
Guérir autrement : ce que ça veut dire concrètement
Le patient reprend son pouvoir
L'un des fils conducteurs qui traverse tous les témoignages de Guérir autrement est là, formulé avec clarté : "Guérir est aussi une décision. Un patient n'est pas simplement passif à attendre un traitement sur son fauteuil." Cette phrase dérange parfois, parce qu'elle implique une responsabilité. Mais elle libère aussi, parce qu'elle ouvre un espace d'action là où la médecine conventionnelle ferme parfois les portes à d’autres aspects du soin.
Reprendre son pouvoir ne signifie donc pas refuser les traitements conventionnels ou se couper du corps médical. Les personnes qui témoignent dans le livre sont unanimes sur ce point : médecine allopathique et médecines complémentaires ne s'opposent pas, elles se complètent. Ce que Sandrine Chopin et Miriam Gablier décrivent comme le trio idéal, c'est le patient acteur, le médecin conventionnel et le thérapeute complémentaire, travaillant ensemble.
Ce qui change, c'est la posture du patient. Au lieu de subir passivement, il s'écoute, il cherche, il fait aussi confiance à son intuition. "Cette intuition, c'est l'interstice, aussi minime soit-il, qu'il faut savoir aller écouter." Et cette intuition trompe rarement » insiste Sandrine Chopin, même quand l'entourage ne comprend pas et que le corps médical décourage. La solitude de celui qui choisit un chemin différent est l'un des thèmes les plus récurrents des témoignages recueillis. Une solitude douloureuse, mais qui s'avère souvent être le début d’une nouvelle voie vertueuse.
Respiration, hypnose, alimentation : les premiers leviers
Parmi les techniques explorées dans Guérir autrement, Sandrine Chopin rappelle quatre piliers fondamentaux de la santé : la respiration, l'alimentation, le sommeil, l'élimination. Et si elle devait en choisir une seule pour commencer ? La respiration, sans hésitation.
"90 % de la population mondiale est en hypoxie. Nous respirons mal, avec le haut du corps et en faible quantité. Le souffle vital ne circule pas." Or la respiration agit en transversalité sur presque tous les systèmes du corps : oxygénation cellulaire, régulation hormonale, digestion, pH sanguin, qualité du sommeil. Les cellules cancéreuses, rappelle Sandrine Chopin en s'appuyant sur les données scientifiques, détestent l'oxygène. Mieux respirer, c'est déjà changer le terrain.
La respiration holotropique et l’hypnose, entre autre, comme en témoignent Lionel et Lionel Vernois, permettent d'accéder à des strates de mémoire émotionnelle inaccessibles à la conscience ordinaire. Mais elles nécessitent un accompagnement rigoureux. Sandrine Chopin insiste sur le discernement dans le choix du thérapeute : le feeling avec la personne est primordial, et il ne faut pas hésiter à changer si quelque chose ne nous convient pas.
Au-delà des techniques, ce que Guérir autrement met en lumière un paramètre important : la pharmacologie naturelle que nous portons tous en nous. Endorphines, ocytocine, sérotonine, mélatonine. Ces molécules du bien-être que les médicaments cherchent à reproduire chimiquement, notre corps sait les fabriquer. La nature, le mouvement, la joie, le lien, la reconnexion à ce qui nous fait vibrer en sont les déclencheurs les plus puissants. "Toutes ces capacités d'auto-guérison sont en nous. En prévention, pendant la maladie, et après."
La maladie n'est pas une punition ni un hasard. Pour toutes les personnes rencontrées par Sandrine Chopin, elle a été une rupture brutale qui s'est transformée en chemin vers soi. Un chemin exigeant, souvent solitaire, parfois incompris. Mais un chemin qui mène, invariablement, à la même destination : une vie plus alignée, plus consciente, plus vivante. Et comme il est dit en conclusion de cette enquête : "il n’existe pas de recette universelle pour guérir, seulement une voie unique : la vôtre”.
Sandrine Chopin est journaliste, animatrice TV et autrice. Après plus d'un an d'enquête auprès de personnes ayant déjoué des pronostics médicaux sévères, elle publie Guérir autrement, co-écrit avec la journaliste scientifique Miriam Gablier, thérapeute psycho-corporelle. Un livre qui croise témoignages bouleversants et références scientifiques pour ouvrir une autre vision de la santé et de la guérison.
Photos : Anastasia Chazova, Art6sens
Ces contenus ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé.














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